前 200 行。
...
Marguerite...
- Oui ? -Tu pars déjà ?
J'ai rendez-vous chez Clemenceau.
Aussi tôt ?
C'est dans ses habitudes.
Je...
Je suis comment ?
Très très bien.
J'y vais.
...
Sonnette.
Je suis Mme Baldensperger.
Madame, veuillez entrer.
...
Oh...
Pardonnez l'attente.
Merci de me recevoir.
Tout ici rappelle les grands jours.
Ils sont loin. Asseyez-vous.
A en croire votre lettre...
Vous souhaitez me parler
d'un livre.
Je suis éditrice.
Je dirige une collection chez Plon,
d'ouvrages pour la jeunesse, sur de grands personnages.
- Je suis déjà tout absorbé par des travaux d'écriture,
qui me passionnent
et m'amusent.
Ce n'est pas incompatible.
On pense que s'amuser à mon âge
est exagéré.
Mais pas vous.
Je le vois.
Je vous en remercie.
Vous ai-je convaincu ?
C'est en chemin.
- Un nom aussi prestigieux peut beaucoup pour la jeunesse.
Faisons un livre sur la guerre.
Non, jamais.
Ces fleurs
me suivront
dans ma tombe.
Je les ai reçues de soldats montant à l'assaut.
Ils allaient mourir.
Et ils le savaient.
Pourtant, ils étaient fiers de m'offrir ce bouquet.
Je n'évoque la guerre
qu'avec leurs ombres.
Leurs ombres sublimes.
Pardonnez ma maladresse.
Ce n'en est pas, madame.
Mais en effet, cela m'impose le devoir d'aider la jeunesse.
Comptez sur moi.
Je vous suis reconnaissante.
- Et moi, heureux de constater notre entente.
Mais...
Qu'en est-il de votre mari ?
Mon mari ?
Hmm. Vous devez en avoir un.
- Eh bien, mon mari est professeur de littérature
à la Sorbonne. - Ah.
Il voyage beaucoup.
- Un universitaire. Je ne les aime pas trop.
Il me vient une idée.
Amenez-le-moi. Hmm ?
Il veut me voir ?
- Il l'exige presque. - Ca alors !
- Tu ne veux pas ? - Si, mais pourquoi ?
Il veut rencontrer
Fernand Baldensperger.
Vous saurez quoi vous dire.
Et dis-moi...
Tu l'as convaincu pour ton livre ?
Sur Abraham Lincoln ?
Pas Lincoln.
Pourquoi un Américain ?
Oui, nous avons nos présidents.
- Une collection sur les hommes illustres ? Non.
Faire l'éloge de Poincaré ?
A-t-il un seul mérite ?
Et Deschanel ? Avec sa cafetière fêlée.
Ou Faure ? Mort dans les bras de sa maîtresse.
Quand il est entré
dans le néant, il a dû se sentir chez lui.
Démosthène.
Ce sera lui.
Démosthène ?
Ca date de 1 500 ans.
2 000.
Mais il est présent.
Car il a sauvé sa patrie.
Il a sauvé Athènes des défaitistes.
On l'a acclamé, redouté,
porté aux nues, renié, conspué.
Poussé à la mort.
Seulement,
c'était une force
au-dessus...
de la désespérance.
Un frère d'armes.
Alors...
Démosthène.
Démosthène.
Nous voilà en affaire.
Et je l'espère, en amitié.
...
Tintement de cloche.
...
Alors, mes belles.
Chaque jour plus ravissantes.
Votre parfum m'enivre.
Séductrices.
Chants d'oiseaux.
Moins fort, les piafs, gare aux chats !
...
Patron !
M. Leroy est là.
Et 1 et 2... Et 1 et 2.
A vous... Et 1 et 2.
Et 1 et 2.
Inspirez, expirez.
Bien. Mains sur les hanches.
Et à gauche.
A droite.
Plus à gauche. Et à droite.
Un coup à gauche.
Un coup à droite.
Vous fréquentez Poincaré.
Hmm ! M. le Président.
On reprend : à droite et à gauche.
- Gardez tout. - Merci.
Je sais ce qu'il veut.
Par rapport à ce livre, je peux représenter une caution.
Enfin, mes titres peuvent le rassurer.
Les universités américaines, la Sorbonne...
Voilà les roses.
Pierre de Ronsard.
Roses rouges... des fleurs...
J'aurais aimé inventer les fleurs.
A vrai dire, c'est mon cher Monet qui les aurait créées.
Elles viennent de chez lui.
Quelle chance j'ai d'être son ami.
Plus qu'un grand peintre, c'est un magicien, un sorcier.
N'est-ce pas étrange qu'un type comme moi
aime les jardins ?
Un type comme vous ?
Un "Tigre" sanguinaire.
Vous n'avez pas lu Briand.
L'immaculé Aristide qui me dit "assoiffé de sang".
C'est pas en bêlant "la paix !" qu'on arrête les Prussiens.
Le boche... regarde la guerre avec sang-froid.
Il la prépare.
Le Français commence à y penser le jour de la mobilisation.
Je suis alsacien.
Sans vous, Alsace et Lorraine seraient restées à l'ennemi.
Vous nous avez rendu notre honneur.
Etait-ce utile ?
Nos gouvernants se prosternent devant l'Allemagne.
- La France fait partie des vainqueurs.
Nous avons le traité de Versailles.
Le traité de Versailles !
On me trouvait soit trop dur soit trop tendre.
Ceux-là n'ont toujours pas
compris qu'un traité, on s'en occupe une fois signé.
Mais parlez-moi
de l'Alsace. -Eh bien...
J'y ai fait la guerre et nous y avons vécu.
Ma femme a dû vous parler
de l'Oeuvre du livre français qu'elle y a créée.
Elle ne m'a rien dit.
Vous avez des enfants ?
Trois.
Ils sont à St-Dié, avec notre famille.
Je sors.
Je vous en prie.
Merci.
...
J'attends votre visite
jeudi en huit.
Et je vous enverrai mon discours anticolonialiste,
tenu il y a 40 ans.
Face à Jules Ferry et à tous ces cons
persuadés que certaines nations sont supérieures.
- M. le Président, comment vous dire ma gratitude ?
En veillant sur Marguerite.
Merci.
Au revoir.
Quelle forme !
J'ai mal nulle part.
Ca m'inquiète.
Grâce à votre gymnastique.
- Pour tout vous dire, c'est le travail qui me maintient.
Surtout un projet de livre.
Et votre ouvrage philosophique ?
Je ferai les deux.
Et celui sur Monet ?
Oh ! Je peux faire les trois.
Soyez logique, Pietri, vous me disiez en forme.
Alors ?
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