200 บรรทัดแรก
Tue-toi !
Alors, tu viens rendre visite à ton père ?
La moitié de ton père !
Voyons, Papa--
Vous ne vous sentez pas bien ?
Moi? Je ne me sens... ni bien, ni mal!
Voyons ! Vous avez des réactions !
C'est l'automatisme !
Que faites-vous ?
C'est pour ne pas oublier que j'existe.
Ce n'est rien...
Nous, on ne vous oublierait pas. Comment le pourrait-on ?
C'est déjà fait !
Vous êtes de mauvaise humeur.
Comment oublier l'homme le plus célèbre de sa génération ?
Comme on va t'oublier!
Oui ! Toi aussi !
Vous avez su l'hommage du Président?
Hommage au demi-mon que tu seras bientôt !
Voyons, papa ! Que vouloir de plus ?
Je suis un vieil homme heureux! Hommages... fêtes... discours...
Je peux savourer tout ce que j'ai fait, tout ce que j'ai créé !
Oui, oui. Mais tu vas gâcher...
Gâcher tout ce que tu as fait.
Tue-toi !
Je me suis tué au travail, ça oui !
Tue-toi !
Voyons, papa g
Et votre médicament ? Vous le voulez ?
Les jambes ont enflé ?
Qu'est-ce que c'est ?
Ce sont elles !
Elles me prennent tout !
Tout disparaît.
Mais, papa, votre bureau n'a pas de clé ?
Elles l'ont prise.
Vous l'avez perdue ! Faites-en une autre.
Non, non ! C'est inutile.
Là, j'ai confiance.
Voyons, papa ! Ces affaires ne sont pas à vous.
Tu as raison.
Ça ne devrait pas être à moi.
Je suis mon !
Mon, et seulement à moitié.
On m'a tué...
On m'a tué... et seulement à moitié !
Même toi !
Même mon fils ne voit que la moitié de moi.
Voyons ! Voyons !
Le Grand Papa !
Papa ! Une gloire nationale... Une gloire universelle !
Oui !
Mais toi, tu ne vois que mes chaussettes.
Et tu me dis de faire une clé !
Qu'importe, papa ? Ne vous fâchez pas pour ça !
Dis-moi, mon fils. Auparavant...
est-ce que j'aurais fait faire une clé ?
Tu crois ça ?
Voyons papa...
N'y pensez plus.
Tu veux que je ne pense pas !
C'est ce que l'autre disait aussi !
Il a pensé...
C'était un jeunot, Il ne savait par où commencer...
Au journal, on exigeait de lui des reportages.
Depuis des années, personne ne venait. Lui, il y a pense!
Il est parti en me traitant de vieux fou !
Moi ! La gloire nationale...
Il avait appris à l'école des règles du Grand Papa,
les lois du Grand Papa,
les calculs du Grand Papa...
Ah, une entrevue ?
C'était il y a longtemps...
Je l'ai reçu avec tout les égards.
Je me suis levé. Je lui ai offert un siège.
Je suis resté debout.
Je l'ai invité à prendre le thé.
Il faisait froid.
J'avais la goute au nez.
Je l'ai essuyée avec la serviette.
Sa serviette !
J'ai voulu la rendre.
Il n'y a plus touché...
Voyons, papa g
Vous auriez pu au moins prendre la vôtre...
Des serviettes, il y en a des piles ici.
Ah, toi !
Tu n'as qu'à vendre les tiennes. Gardes-en deux !
Non... Juste une!
Ensuite, j'ai voulu m'excuser...
Il m'a dit de ne plus y penser...
Que je ne pense plus !
Ce sont des choses qui arrivent !
Qu'importe une distraction à des gens comme nous ?
Voyons, papa g
Mais ça ne devrait pas arriver ! Ils ne devraient pas voir...
On m'a tué... et seulement la moitié !
Et l'autre ?
Elle s'est reconstituée.
Elle a enfanté un monstre !
Bon, papa ! Tout ça va passer.
Je venais pour les félicitations que vous vouliez m'adresser !
Félicitations pour mourir et seulement à moitié ?
Félicitations pour n'avoir pas le courage de tuer le reste ?
Félicitations pour enfanter
une nouvelle petite curiosité pathologique ?
Nous sommes médecins, pas vrai ?
Nous sommes écrivains, pas vrais ?
Nous sommes célèbres, pas vrai ?
Il nous faut laisser une image digne, oui ou non ?
Écoutez, papa.
Je me sens encore très bien.
J'ai la santé... L'argent...
Je suis célèbre, fêté... Que vouloir de plus ?
Garder tout ça.
On ne me l'enlèvera pas !
Fais-le toi-même.
Vous voulez dire que j'ai à renier tout ce que j'ai fait !
L'aide que j'ai apportée à l'humanité ?
Non, mais tu ne vas goûter à rien de tout ça.
Tu voles l'humanité. Tu lui voles une idole !
Nous gagnons la considération éternelle des hommes. C'est bon !
Nous la gagnons et la perdons.
C'est amer.
Notre nom sera pour toujours lié à nos travaux.
Des générations entières retiendront notre nom !
Oui.
Comme le nom des oiseaux, des plantes, des aliments...
des nombres !
Ce n'est pas du respect, de l'admiration...
C'est du savoir !
C'est bien arrivé à ceux qui nous ont précédés !
S'ils sont morts d'un coup !
Tu n'as rien fait ! Je n'ai rien fait !
Nous avons commencé beaucoup de choses.
D'autres viendront prendre la suite !
Seuls restent ceux qui impressionnent les masses.
Ce qui impressionne le plus les masses, c'est la mon !
Alors le dernier travail, le dernier devoir d'un sage,
c'est mourir !
Certains se retirent au premier signe,
bien avant qu'on ne les renvoie...
Ils ne gagnent rien !
Dans tous les cas, ce seront toujours des demi-mens.
Je me sens tout à fait vivant.
Oui.
Les cheveux poussent,
les ongles poussent.
C'est maintenant la naissance du monstre.
Non !
J'aurai toujours mes souvenirs.
Les colloques, l'Académie, les applaudissements, les invitations...
On me met à la porte, mais je ne suis pas obligé de m'arrêter !
Ce serait pire si tu essayais !
Ils savent ce qu'ils font...
Mais ils ne font que la moitié !
Même les souvenirs
ne font pas partie de l'héritage du monstre !
Même eux !
Même eux te seront volés.
Non. papa ! Pas ça !
Tout, mon fils ! Tout !
Tue-toi.
Écoute, mon fils ! Là...
J'ai là une...
une petite ampoule.
Du cyanure...
Du cyanure !
Viens avec moi.
Allons la chercher.
Tu vas la mettre dans la bouche...
Fais ça pour ton vieux père...
C'est tout. Ça ne coûte rien.
Tu la croques et tu resteras vivant à jamais.
Que voulez-vous dire ?
Non, pas ça !
Pas ça...
Vous êtes malade...
Moi...
Moi, je veux...
Je veux vivre...
Non, fils.
Il n'est plus temps.
Personne ne peut cohabiter avec un cadavre.
Je peux encore être très utile.
Quoi ?
Après le jubile, je serais devenu un incapable ?
Le maître deviendrait soudain un vieillard sénile ?
Non ! Je ne me laisserai pas mourir !
Pour me convaincre et vous convaincre, je peux reprendre du début !
Voilà le piège !
Tu veux laisser grandir le monstre ?
Tu ouvres de grands yeux !
Ouvre-les...
Ouvre-les grand et regarde-moi bien !
Que vois-tu ?
La preuve que je suis tombe dedans.
J'ai fait des conférences à...
J'ai parlé de...
Tu sais bien... en...
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