The first 200 lines.
Qu'est-ce qu'un fantôme ?
Un fait terrible condamné à se répéter encore et encore ?
Un instant de douleur, peut-être.
Quelque chose de mort qui semble encore en vie.
Un sentiment suspendu dans le temps.
Comme une photo floue.
Comme un insecte piégé dans l'ambre.
L'échine du diable
On arrive bientôt.
- Les piquets, je les mets où ? - Donne.
C'est quoi, ce truc ?
Elle est tombée il y a un moment déjà.
Mais elle n'a pas explosé.
Ils sont venus la désamorcer.
Ils l'ont laissée là.
Un accident, à mon avis.
Suivez-moi.
Carlos...
Attends-moi ici. On sera pas longs.
C'est qui, les types dehors ?
Le gardien et deux types qui l'aident.
Deux gars du village. Ici, tout est à réparer.
Ils réparent le poulailler.
Quoi de neuf ?
Ils sont arrivés.
Ayala et Dominguez, encore ?
Ayala est blessé.
Toujours des problèmes.
Ils amènent encore un gosse.
Comme si on n'en avait pas assez !
Allons-y.
T'es un nouveau ?
T'as des bonbons ou un bout de pain ?
Moi, c'est Gálvez. Lui, c'est Hibou.
Il parle peu et regarde beaucoup.
Moi, c'est Carlos.
T'as des fruits ? Même pourris.
Non, j'ai des bédés et des jouets.
Impossible !
Impossible d'admettre encore un gosse.
Les autres mangent à peine. Je regrette.
C'est le fils d'un camarade mort au front.
- Le gosse l'ignore encore. - Il l'ignore !
Mme Carmen, votre mari était de gauche et courageux.
C'est moi qui suis courageuse.
Ricardo vivait plongé dans ses bouquins.
Il est mort, me laissant défendre ses idéaux.
Les franquistes ne tarderont pas.
Que trouveront-ils ?
Des rouges et des fils de rouges.
Et ça, par-dessus le marché.
Je ne peux plus le garder. Laissez-nous le gosse,
mais emportez l'or.
Il reste 10 lingots.
Vous pourrez acheter des armes.
Je ne peux pas acheter de pain.
Emportez-le.
Pas nous.
On doit traverser le front.
Soit il crève la faim ici, soit il est abattu dehors.
Allez, en classe !
Allons !
Regarde, Hibou. Une bédé.
On échange ?
Regarde ce calot. C'est mon préféré. Il est chinois.
Regarde cette bille.
Hibou l'a fabriquée en boue et en morve.
Six mois de morve accumulée.
Il est à moi !
Tu restes ?
Pourquoi t'es là alors ?
Je suis venu avec mon tuteur, M. Ayala.
- C'est quoi, ça ? - Il s'occupe de moi
quand mon père est pas là.
Merde, quel rupin !
Personne n'en a ici.
Reprends ta bédé, allez.
Carlos, regarde.
Monsieur Ayala...
Ton tuteur fiche le camp, tantouze !
Tiens-lui compagnie un moment.
Il a l'air si sage.
Vous sympathiserez.
Il faudra la réparer.
Le Comte de Monte-Cristo.
Edmond Dantès est déjà sorti de prison ?
- Il a connu l'abbé Faria ? - Ils creusent un tunnel.
- Ils s'évaderont ensemble ? - Je sais pas.
Continue à lire, tu me raconteras.
Nous ne sommes plus que trois.
La dame à lunettes s'appelle Alma.
Elle enseigne le calcul et la lecture.
La belle dame que tu as vue, tu te souviens ?
Elle s'appelle Carmen.
- Ta fiancée ? - La directrice.
Pourquoi on m'a laissé ici ?
Pourquoi je suis pas avec mon père ?
Tu vas passer un moment chez nous. Seulement un bout de temps.
Un peu de patience.
Ton savon doit te faire l'année.
Prends-en bien soin.
Ou tu seras puni de 2 semaines de corvées.
Vous pouvez jouer dans la cour, jamais à l'intérieur.
Voici ton lit.
Le numéro 12.
Pourquoi tous ces lits vides ?
Certains gamins fuguent, je ne te le conseille pas.
Le village est à une journée de marche.
Les nuits sont froides. Le jour...
Pour ton armoire.
Tu as bien compris ?
Pas de barreaux ici. Ce n'est pas une prison.
T'as vu où ils ont mis le nouveau ?
- Le lit de Santi. - Ta gueule !
Le Porc et moi, on croit que même si tu te plains,
t'es très bien ici.
Loin de la guerre, bien planqué.
Comme un coq en pâte.
- Que rêver de mieux ? - Grenade.
Pourquoi Grenade ?
On va se marier.
On veut y acheter une ferme.
Bien sûr.
Grenade !
Conchita a de la famille là-bas ?
J'ai besoin de personne.
Je me suis débrouillé seul jusqu'à présent.
Ouais. Sans parents, en plus.
- Les rouges sont venus chercher l'or. - Ben voyons, l'or de l'école !
Ils roulent sur l'or, c'est pour ça qu'ils crèvent la faim.
Vous ne me croyez pas.
Vous me croirez un jour.
J'en ai deux, je les essaie ce soir. Je vous fais signe.
Ça roule, mon gars.
T'as une clope ?
Allez, salut.
Je n'aime pas ces deux-là.
Ils me dégoûtent.
C'est cette école qui me dégoûte.
Quand j'étais gamin,
je me plantais là,
au milieu de la cour,
à regarder le ciel.
Je rêvais de m'enfuir d'ici.
Je priais pour devenir riche,
acheter cet endroit et le détruire pierre à pierre.
T'es bien compliqué.
Je ne veux pas qu'on sache que j'ai passé 15 ans ici.
Je suis contente que tu sois revenu.
Allons dans ma chambre, il fait froid.
San... ti...
Santi...
Qui es-tu ?
Qu'est-ce que tu fous ?
Moi ? Rien.
Qu'y a-t-il, merde ?
Ce connard a renversé notre eau.
Viens.
Tu dois aller à la cuisine chercher de l'eau.
C'est pas interdit ?
On s'est jamais fait pincer.
Et celui qui soupire ?
T'y vas, oui ou non ?
C'est qui, celui qui soupire ?
- T'es un froussard ? - Non.
Une merde molle ? Un pédé ?
Bon, j'y vais.
Mais tu viens avec moi.
Une cruche chacun.
Sauf si tu as la trouille...
Il paraît qu'elle est éteinte.
Moi, je le crois pas.
Colle ton oreille, tu entendras un tic-tac.
C'est son cœur.
Elle est encore vivante.
Elle sait que nous sommes là.
Cache-toi !
C'est celle-là.
Partons.
Je t'attends dehors.
"On s'est jamais fait pincer." Connard !
Merde !
Qui es-tu ?
Tu vis ici ?
Beaucoup d'entre vous vont mourir.
Hé, le nouveau !
Qu'est-ce que tu fous là ?
"Hors de moi, mes désirs !
"Que le respect ne vous embarrasse pas.
"C'est une flatterie du chagrin que de ne pas se masquer...
"Que viennent aux lèvres des signes,
"des brûlures du cœur.
"Personne ne croira au feu
"s'il n'y a pas de fumée.
"Quiconque estime sa prudence, qu'il ne taise ses sentiments.
"Ma douleur est plus grande que moi.
"Ceci dit,
"il sera plus facile...
"il sera plus facile...
"qu'elle me vainque,
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