The first 200 lines.
Au Sud-Vietnam, les troupes communistes ont effectué
leur plus importante percée.
C'est en tank que l'ennemi a pris au piège 200 aviateurs américains.
Ils ont combattu 4 heures près de Kai San.
Les troupes alliées ont tué 243 Vietcongs supplémentaires
près de Saigon, où la bataille fait encore rage.
Le président Johnson a déclaré aujourd'hui à la télévision
que les Etats-Unis se battraient hors et au sein de leurs frontières.
Comme au temps de Truman, le public criait son approbation
au discours du président.
L'Amérique que nous construisons
risque de devenir une nation menacée
si nous laissons la paix et la liberté mourir au Vietnam.
Nous ferons notre devoir.
Nous le ferons chez nous
et nous le ferons partout où nos soldats seront appelés.
Voilà l'Amérique en laquelle nous croyons.
Voilà une nation qui progresse.
Voilà un magnifique pays qui grandit sans cesse.
Et j'espère que tous ses hommes
sont prêts à nous aider à régler tous ces problèmes.
Que vous êtes tous prêts à défendre la justice,
pour nous tous,
pour tous nos concitoyens et pour tout le genre humain.
Parfois, j'en viens à me demander
pourquoi les Américains aiment tant s'infliger de telles punitions.
Nous nous critiquons tant nous-mêmes.
Ce pays est un bon pays.
Vous avez déjà été mieux, mais c'est un bon pays, non ?
Quel nègre ici en a assez dans le froc pour me prendre ?
Paul va demander conseil à ses amis, Jon et Lloyd.
- Qu'est-ce qui t'est arrivé ? - Touche pas.
- Ça va ? - Des nègres m'ont tabassé.
Pourquoi tu t'es battu ?
Je voulais me péter une jambe pour le service militaire.
Tu les as cherchés ? C'est pas vrai.
- Tu... - Je veux pas le faire.
J'ai une solution, moi. On va te faire ce qu'on a fait pour moi
la semaine dernière, quand ils m'ont convoqué.
Retire ta veste.
- Le froc est bon, non ? - Il est parfait.
Rentre ta chemise. Sur tout le pourtour.
Tout le tour.
Maintenant remonte ton froc, le plus haut possible.
- Non, pas comme ça. - Fais gaffe à mon froc.
Voilà, comme ça. Occupe-toi de la ceinture.
- Voilà, c'est bon. - Ça me serre fort, là.
- Et laisse-la ouverte... - Là, c'est trop voyant.
- Comme ça, c'est bien. - Bon.
- Il te faut une culotte noire. - En soie.
- Ce sera parfait. - C'est très important.
Les pédés sont très voyants, tu comprends ?
Je suis pas pédé.
Non, c'est juste pour l'examen, tu comprends ?
C'est pour ça, la soie noire ? Je m'inquiétais un peu.
Il faut qu'on remarque la zone importante,
qu'on ne voie qu'elle.
Prends des kleenex... Mieux, des chaussettes.
Et tu te les glisses dans le slip, tu vois ce que je veux dire ?
Que ça fasse une bosse.
Et il te faut un genre de t-shirt filet.
Oui, un filet.
Et puis il te faut une belle écharpe en soie qui flotte.
- Tu vas devoir te raser le torse. - Et les aisselles.
- Tout le corps. - Avec du Veet.
Tu te déhanches bien, le poignet bien détendu.
Tu t'approches aussi près que possible du sergent instructeur,
tu le séduis du regard et tu lui dis : "Salut."
- Vas-y, à toi. - Visez un peu ça, les gars.
Et quand il se tournera vers les autres gars,
tu les regardes aussi.
Et tu leur clignes de l'œil, comme ça. D'accord ?
Bon. Et puis, il va te demander comment tu t'appelles.
- Comment ? - Paul Gerald Shaw.
Gerald. J'ai une idée.
- Voilà ce que tu dois dire. - C'est quoi ton nom, fiston ?
Paul Gerald Shaw.
Les copains m'appellent Jerry, mais vous pouvez m'appeler Géranium.
Vous entendez, les gars ? C'est quoi, ça, pour un nom ?
Mes amis disent que je sens bon comme une fleur.
Comme ça, c'est bien.
Ensuite, il me demande où je vis. C'est très important.
- Et où est-ce que tu vis, fiston ? - Je vis dans le coin.
Tu dois lui faire croire que tu veux vivre près de lui.
Vivre dans son coin à lui. C'est crucial.
Là, il va de nouveau se tourner vers les autres.
- Vous avez entendu, les gars ? - Chaque fois qu'il leur parle,
tu les regardes et tu leur décoches
le regard coquin en disant : "Salut les gars."
- "Salut les gars." - Vas-y, à toi.
Ouais. Et à la fin, je dirais bien un truc comme :
- "Je me déshabille de suite, chef ?" - Génial.
C'est fantastique.
- Ça ira jamais. - Comment ça ?
- C'est ridicule. - Quoi ?
Je suis pas pédé. Ils vont m'envoyer en 1 ère ligne avec les autres pédés.
- Quoi ? - Ils les mettent ensemble.
Ils ne prennent pas les pédés.
Je suis appelé dans une semaine. J'ai un truc, je vais vous montrer.
- Lloyd, tu es le psy. - D'accord.
Entrez.
Au rapport.
- Dis-moi de m'asseoir. - Asseyez-vous.
Merci.
Regarde bien. Puis-je parler ?
Je vous en prie.
Eh bien, je ne sais pas ce que je fais ici.
Le sergent, un chic type, m'a envoyé ici chez vous.
Je ne cherche pas à fuir l'armée.
Dans le civil, j'ai travaillé pour une organisation secrète
dont je ne peux rien dire.
- J'ai donc tardé à me présenter. - C'est la procédure standard.
Bien entendu, standard...
Nous filtrons aussi les candidats.
Fais gaffe, c'est le moment crucial. C'est très important.
C'est une drôle d'armée que vous avez là.
Des nègres, des Ritals, des Juifs...
Tout le monde sait, pour les Juifs.
Vous n'êtes pas juif ?
Vas-y, Paul, à toi. Regarde devant toi.
Aie l'air militant.
- Puis-je parler ? - C'est bon.
Allez-y.
Je sais pas pourquoi je suis ici.
Je veux être un bon soldat. Je veux buter du communiste.
- Vous avez des choses à cacher ? - Je n'ai rien à cacher.
- C'est bon. - Il crie.
Il va te demander ce que tu fais.
Où tu travailles et tout. Demande-moi.
Où travaillez-vous ?
Dans une librairie. Ce qui me permet de vérifier
que les gens lisent les bons livres, comme Masters of the Seed
ou l'Histoire du FBI.
Je travaille là la journée, pour gagner ma croûte.
Ma véritable vocation, je la vis la nuit.
Vous connaissez la Ligue de Bowling de New York ?
Vous jouez au bowling ?
Non, non... La Ligue de Bowling de New York.
- Je ne vois pas. - Là, tu balayes la pièce du regard.
C'est une organisation secrète.
Que font-ils ? Je ne comprends pas.
Comme elle est secrète, vous ne la connaissez sûrement pas.
- C'est la RCPT. - Qu'est-ce donc que la RCPT ?
La Réserve Civile de Protection des Travailleurs.
Que fait donc cette réserve ?
Nous protégeons notre pays via des centres armés disséminés partout
contre la masse croissante des communistes,
des nègres et des gens sous-développés.
On s'y croirait.
Ces restos chinois, c'est un complot, chef.
Pour 5 dollars, vous mangez pendant une heure et demie.
Une heure après, vous crevez la dalle.
Ils affament les Etats-Unis.
Je ne veux pas être muté en première ligne.
C'est plein de latinos, de nègres et d'homosexuels.
Tous les éléments indésirables de ce pays.
Je veux être muté au milieu. Ainsi, quand je tirerai sur l'ennemi,
je pourrai laisser mon arme dévier légèrement
afin de supprimer quelques-uns de ces éléments gangréneux.
Tu vois comment je fais ?
Et puis tu dis, comme ça...
Je peux vous dire que si un dixième des soldats envoyés au Vietnam
faisait comme moi, on éradiquerait le péril jaune en deux mois.
Pour moi, un bon Chinois est un Chinois mort.
C'est génial.
Regarde un peu. Tu as réussi à l'endormir.
Ça fait deux jours qu'on lui parle. Debout, vieux.
Je sais. Je vais te raconter une histoire
qui te tiendra éveillé le reste du mois.
Tu arriveras là-bas claqué.
J'ai une histoire, tu n'en reviendras pas.
Ils donnaient une fête à Barnard, tu sais, le collège pour filles.
Pour 75 cents, tu peux entrer.
Je l'ai fait. J'ai jamais vu autant de laiderons d'un coup.
Je lui dis : "Moi, c'est Lloyd. C'est quoi, ton nom, bébé ?"
Elle me dit : "Joanne..."
Elle avait une voix pas possible.
Je me dis pourquoi pas, après tout.
Je l'invite à danser et elle me dit oui,
avec sa voix de canard et tout.
Alors on y va et je lui fais le coup de Broadway.
Je danse comme un fou. Et elle est là, elle gigote.
Je lui dis assez, j'en pouvais plus de la voir,
de la voir gigoter comme ça.
Je l'invite à prendre un verre, mais elle me dit qu'elle boit pas.
Je lui dis qu'elle a qu'à me regarder boire. Et on y va.
Je m'enfile un double bourbon.
Je lui demande ce qu'elle veut, elle me dit du lait.
Elle aimait vraiment ça, le lait. Trois verres !
Elle m'a fait claquer 1,50 $ pour du lait. Du lait !
Vous m'écoutez, les gars ? Venez par ici.
Après tout ce lait, j'ai eu envie de me barrer.
Pour aller chez elle. Je m'attendais pas à grand-chose.
Mais pour rentrer chez une nana, il faut pas y aller trop franco.
Faut être subtil et cool. Du genre : "Je prendrais bien un café, moi."
"Viens chez moi, j'ai du café, si tu veux."
On est allés chez elle, elle m'a préparé une tasse de café.
J'ai jamais bu un café aussi dégueulasse de ma vie.
Je lui ai proposé de passer au salon.
Mais sa colocataire y était déjà.
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