The first 200 lines.
Cher lecteur...
J'ai à vous raconter une anecdote osée...
cueillie dans les pages de l'Histoire.
Elle est choquante, c'est vrai...
mais je gage qu'elle stimulera vos sens.
C'est l'histoire de Mlle Renard...
une ravissante jeune aristocrate...
dont les penchants sexuels allaient du raffinement à la bestialité.
Qui ne rêve de s'adonner à tous les spasmes de la luxure ?
D'assouvir ses désirs les plus dépravés ?
De par sa noble naissance...
Mlle Renard pouvait en toute impunité faire précisément cela:
infliger douleur et plaisir avec le même entrain.
Jusqu'au jour où...
elle tomba à la merci d'un homme en tous points aussi pervers...
qu'elle-même.
Un homme dont le talent dans l'art de la douleur...
surpassait le sien.
Avec quelle facilité...
le prédateur peut soudain se changer...
en proie !
Avec quelle rapidité le plaisir est repris à certains...
et donné à d'autres !
Le linge sale, s'il vous plaît !
Votre linge sale !
Avance !
On ne va pas dehors, non ?
L'asile d'aliénés de Charenton.
Quelques années plus tard.
Bonjour.
Avancez ! Franval ! Bouchon !
Tout le monde au petit-déjeuner !
Le linge sale, s'il vous plaît !
C'est moi.
Attention. L'encre n'est pas sèche.
Fais vite !
LA PLUME ET LE SANG
C'est toi, Madeleine ?
Oui, maman. Voilà le linge à laver.
Je vais mettre la lessive à sécher.
Tu ne viens pas nous aider ?
Bouchon !
N'oublie pas les bonnes manières.
Voilà.
Le dernier chapitre.
M. Masse veut vite un autre manuscrit.
La demande est très forte.
Je lui transmettrai.
J'apporterai sa part des profits.
Je vous attendrai.
Me direz-vous un jour votre nom ?
Ça va, on peut y aller.
JUSTINE Auteur anonyme
Du Marquis de Sade ! Nouvelle édition !
Vient de paraître !
Justine, du Marquis de Sade !
"Ceci est l'histoire...
d'une nymphe du nom de Justine...
la plus jolie créature...
jamais entrée dans un couvent.
Son corps était si ferme et élancé...
qu'il était dommage de le vouer à Dieu.
Un matin, le supérieur...
posa la main sur sa cuisse.
"Mon révérend Père", cria-t-elle...
"je suis venue confesser mes péchés, pas en commettre de nouveaux. "
lgnorant ses paroles, le vieux moine la renversa sur ses genoux...
et retroussa ses jupes bien haut sur ses hanches...
exposant la chair rose de son...
postérieur.
Là, entre les deux orbes de ses fesses rebondies...
émergeait en rougissant un bouton de rose...
qui implorait que l'on veuille bien...
le cueillir.
Avant que Justine...
n'ait pu échapper à son étreinte...
cet homme fort impie prit une hostie consacrée...
le corps de Notre Seigneur...
Jésus-Christ...
et il la plaça sur l'orifice frétillant de la fille."
Dois-je vraiment, Majesté ?
"En extrayant son membre de sous sa bure...
le moine marmonna une prière en latin...
puis, d'une poussée vigoureuse...
il l'enfonca dans ses entrailles."
Le contenu obscène de ce roman...
et son style élaboré montrent qu'il est du marquis de Sade.
ll compose sa prose à l'intérieur d'un asile.
Assez !
Saisissez tous les exemplaires !
Nous les brûlerons devant le palais, sous les yeux du peuple.
Quant à l'auteur, fusillez-le !
J'engage à la prudence, Sire.
Nous savons ce qui est arrivé à Robespierre, à Danton et à Marat.
Condamnez le marquis à mort...
et l'Histoire verra en vous un despote.
L'Histoire, c'est moi !
Bien entendu, Majesté.
Néanmoins, si vous guérissez le marquis de Sade...
si vous réussissez là où quantité de médecins...
et de prêtres ont échoué...
personne ne pourra reprocher à Napoléon...
d'avoir ramené un homme à la raison.
Puis-je suggérer...
une mise sous contrôle de l'asile de Charenton...
et du malade fort illustre qu'on y soigne ?
J'ai l'homme idéal pour ce poste :
le docteur Royer-Collard...
un éminent aliéniste, d'une morale à toute épreuve...
d'une réputation irréprochable...
et d'une détermination sans faille.
Mes confrères me trouvent vieux jeu, et même barbare.
A l'Hôtel-Dieu, nous privilégions les traitements agressifs.
Effectivement.
Je ne veux ni la popularité ni la gloire. Ma mission est plus élevée.
Prendre les ratages du Créateur, ceux qu'll a rejetés...
et les conditionner avec la même force, la même rigueur...
que l'on emploierait à dresser un chien ou un étalon sauvage.
Ce n'est pas joli à voir, mais c'est de la miséricorde.
Encore quelques mois et il sera guéri.
L'Empereur souhaite vivement...
vous voir consacrer vos compétences et votre science à l'asile de Charenton.
Charenton ? Son administrateur est très apprécié, je crois ?
Il est jeune et idéaliste. Vous devrez être diplomate.
Savez-vous ma définition de l'idéalisme, M. Delbené ?
Le dernier luxe de la jeunesse.
Pas si fort.
Ne forcez pas.
Laissez la plume vous guider.
Doucement, Madeleine.
Ne vous bornez pas à copier les mots.
Il est important de savoir ce qu'ils signifient.
St Augustin nous dit que des anges et des démons marchent parmi nous.
Et que, parfois, ils vivent ensemble dans l'âme du même homme.
Alors, comment peut-on reconnaître...
celui qui est vraiment bon de celui qui est mauvais ?
On ne le peut pas.
On ne peut que se prémunir contre sa propre corruption.
Vous vous exercerez à lire seule ce soir ?
"Alors, le professeur souleva...
la robe de Colombe haut par-dessus sa taille.
Laisse-moi être ton tuteur, dit-il, dans les manières de l'amour.
Aussitôt...
il fit glisser sa culotte...
de plus en plus bas, jusque sous ses genoux.
Et là, niché entre ses cuisses...
rose comme une tulipe...
luisant comme une anguille... "
On ne devrait pas lire ces histoires-là.
Personne ne t'oblige à écouter.
" ...il contempla son mont de Vénus...
sa toison d'un blond de lin...
où l'oeil de Dieu clignotait. "
Tu es entrée chez lui, n'est-ce pas ?
Une ou deux fois.
ll a une pierre à affûter et un ciseau...
pour aiguiser ses dents.
C'est un écrivain, pas un fou.
Que fait-il ici, alors ?
Un meurtre.
C'est faux !
ll écrit des livres si pervers...
si néfastes qu'un homme a tué sa femme à cause d'eux.
Et que deux femmes enceintes ont fait une fausse couche.
Ça équivaut bien à un meurtre.
Si vous le calomniez, je ne vous raconte plus ses histoires.
Je crois qu'elle a le béguin pour lui.
Voilà ce que je crois.
C'est pas pour lui qu'elle a le béguin. Pas vrai, Madeleine ?
Ils n'ont pas le droit !
Envoyer quelqu'un vous surveiller !
Je travaille pour vous. Je ne veux pas d'ordres d'un inconnu.
Soyez sans crainte, Valcour.
C'est administratif.
Rien de plus.
Ne mange pas la peinture, Pascal.
Bravo, Dauphin !
ll vaut mieux peindre des feux que d'en allumer !
Oui.
Merveilleux !
Le linge propre.
Le linge propre.
J'ai très envie d'une vraie visite.
Ne commencez pas.
Allez ! Tu as une clé.
Glisse-la dans mon petit trou de serrure.
Marquis ?
Où êtes-vous passé ?
Marquis ?
Alors ?
Je t'ai fait peur ?
Vous, me faire peur ? Elle est bonne !
Je cours bien plus vite que vous.
Vous voulez des nouvelles de votre livre ?
Oui, que devient mon livre ?
Il s'est très bien vendu.
Puis on s'est mis à le brûler.
Voilà le danger, quand on compose des oeuvres aussi incendiaires.
Si seulement ces pièces pouvaient acheter tes autres talents aussi !
Je veux autre chose de vous.
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