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"EN CES JOURS-LÀ, LES HOMMES CHERCHERONT LA MORT
ET ILS NE LA TROUVERONT PAS ; ILS DÉSIRERONT MOURIR,
ET LA MORT FUIRA LOIN D'EUX."
APOCALYPSE DE SAINT JEAN, 9,6
- Bonjour. - Salut.
Enlève ton blouson et ta chemise pour qu'on regarde ça.
Tu as le choix entre le dos ou le torse.
Je ne pourrais pas porter cela sur mon corps.
Ce n'était pas vraiment ça. C'était même totalement différent.
Je me traînais à genoux, il ne me restait qu'un jour à vivre.
J'avais des hallucinations.
Un immense portail s'ouvrit alors, et des chevaux en sortirent.
Non pas la mort mais les anges guidaient les chevaux.
J'avais la vision que la mort ne me voulait pas.
PETIT DIETER DOIT VOLER
UN FILM DE WERNER HERZOG
Les hommes sont souvent poursuivis par ce qu'ils ont vécu,
en période de guerre ou dans d'autres situations extrêmes.
On voit parfois ces hommes dans la rue ou dans leur voiture.
Leur vie semble normale, mais elle ne l'est pas.
Quand je conduis, j'entends souvent les voix de mes amis décédés.
Parfois, mon ami Duane Martin m'appelle
et me dit qu'il a froid aux pieds.
Je laisse alors le toit de mon cabriolet fermé, même en plein été.
J'ai été touché en 1966 au Laos, au début de la guerre du Vietnam.
Je n'ai jamais voulu partir à la guerre.
C'est parce que je rêvais de voler que je me suis enrôlé.
Mais que des gens souffrent de la guerre et meurent,
je ne l'ai compris que bien plus tard, lorsqu'ils m'ont fait prisonnier.
L'HOMME
Voici Dieter Dengler. Il est arrivé aux USA il y a 40 ans.
Depuis 15 ans, il vit sur le Mont Tamalpais,
au nord de San Francisco.
J'adore faire ça.
Certains trouvent cela étrange, mais pour moi, c'est essentiel.
Ouvrir et fermer une porte symbolise la liberté.
Prisonnier, j'étais enfermé.
Quand j'ai agonisé, j'ai vu de grandes portes s'ouvrir dans le ciel.
Peu de gens sont conscients de la chance qu'ils ont
de pouvoir ouvrir et fermer la porte.
J'ai pris l'habitude de le faire.
C'est comme ça.
Voici l'intérieur de ma maison.
En entrant ici, on voit des tableaux de portes ouvertes.
Ça a toujours compté pour moi. Ça me donne une sensation de liberté.
J'ai construit la maison il y a 15 ans et je voulais avoir un espace ouvert.
Je tenais à habiter sur une montagne,
et non pas au fond d'un canyon quelconque.
Dehors, vous voyez un P-51 Spitfire.
L'aviation a compté pour moi dès mon enfance.
J'ai construit de petits moteurs, je ne sais pas s'ils marchent encore.
Oui, ils fonctionnent.
On reconnaît ici aussi l'espace ouvert qui caractérise ma maison.
J'ai un grand four car j'aime cuisiner.
Manger compte beaucoup pour moi.
J'ai beaucoup de nourriture. Le réfrigérateur est toujours plein.
Le placard est rempli de nourriture. Il me semble à moitié vide.
J'ai des réserves sous la maison en cas de besoin.
Elles sont stockées là depuis des années.
Je suis curieux de voir si tout est en ordre ici, en bas.
Je retire la moquette...
Voici les réservoirs d'une capacité de 19 litres.
Tout semble parfaitement en ordre.
Voici 450 kg de riz.
Là, j'ai 550 kg de farine et de blé.
Ici, 130 kg de miel.
Il y a également du sucre.
Je ne m'en servirai sûrement jamais.
Mais je dors tellement mieux en sachant que c'est là.
Quand j'étais en prison, nous ne parlions que de nourriture.
Nous parlions de congélateurs et de réfrigérateurs.
Je voulais ouvrir un restaurant une fois rentré.
Un restaurant allemand plein de nourriture, pour ne pas manquer.
Voici ma mère.
Elle est venue me voir quand j'avais repris 15 kg.
J'étais à l'hôpital à San Diego.
Elle est venue en avion en emportant des caisses pleines de pommes.
Elle les a distribuées aux passagers.
Elle n'a pas mangé dans l'avion car elle pensait que c'était très cher.
Elle était affamée en arrivant.
Voici mon père, je ne l'ai vu qu'en photo.
Il est mort à la guerre. Cela m'a manqué de ne pas avoir de père.
Quelque chose m'est arrivé, au Vietnam,
quand mon ami Duane fut décapité
et que je me retrouvai entouré de Viet Công.
Je courus le long d'un sentier et j'arrivai à la bifurcation du fleuve.
Mon père se tenait là, je le voyais clairement dans le fleuve.
De son bras, il me montrait la direction que je devais suivre.
Je remontai le fleuve derrière des falaises.
J'entendais les Viet Công remonter l'autre côté.
J'ai été sauvé cinq jours plus tard parce que j'avais pris ce côté.
Ce fut réellement un miracle.
SON RÊVE
Voici derrière moi ma ville natale, Wildberg.
Je suis né ici et j'y ai grandi.
Nous habitions à quelques maisons à gauche de l'église.
Notre maison n'existe plus. La ville a été bombardée.
La toute première fois que je vis des avions, ils arrivèrent par là.
Ils volaient en piqué sur la ville et attaquaient des villages sans raison.
Notre maison ressemblait un peu à celle du haut.
Mes deux frères et moi pouvions tout voir de la lucarne du toit.
Je revois clairement l'un des avions se diriger droit sur la maison.
Le toit était ouvert, le pilote avait des lunettes d'aviateur noires.
Il était tourné et regardait vers notre fenêtre.
Les mitrailleuses tiraient.
Je me souviens des éclairs qui s'en échappaient.
La pointe de l'aile gauche évita la maison de justesse.
Cela dura une fraction de seconde, comme une vision.
C'était comme un dieu tout-puissant, ce n'est pas évident à décrire.
Mais je sus dès ce jour que je voulais devenir pilote.
Depuis ce jour, le petit Dieter a rêvé de voler.
On m'a remis quelques médailles,
comme la "American Fighter Ace Medal".
Là, ce sont la "Purple Heart", la "Air Medal",
la "Distinguished Flying Cross" et la "Navy Cross".
Là, c'est "L'Épée de Loyola" qui est pendue.
Le pape l'a bénie et un évêque me l'a apportée.
Il n'en existe que deux : J. Edgar Hoover en a une, moi l'autre.
Qu'est-ce que ça fait d'être un héros de guerre?
Je ne suis pas un héros. Seuls les morts sont des héros.
Je ne veux pas en être. Je ne me vois pas comme un héros.
Non, seuls les morts sont des héros.
Commençons ici.
Un ami m'a envoyé cette photo il y a quelque temps.
C'est la dernière photo de mon avion, lors du décollage pour le Vietnam.
Et voici son avion, deux heures plus tard.
Voici Dieter Dengler, six mois plus tard,
après son sauvetage.
Il ne pesait plus que 38 kg.
J'ai connu la faim dans mon enfance.
J'ai grandi dans la pauvreté, dans l'Allemagne d'après-guerre.
Enfants, nous arrachions le papier peint dans les maisons bombardées.
Ma mère le faisait bouillir pour le manger,
car la colle contenait des éléments nourrissants.
Enfant, Dieter vit autour de lui des choses complètement insensées.
L'Allemagne s'était transformée en un paysage fantastique surréel.
Puis la situation s'améliora.
Dieter se souvient de la première saucisse qu'il vit.
C'était la première depuis des années. Il s'arrêta et la fixa.
Tous s'arrêtaient pour la regarder, mais pas un ne pouvait se l'offrir.
L'Allemagne d'après-guerre n'avait pas d'aviation.
La carrière de pilote demeura ainsi le rêve de Dieter.
C'est une horloge très ancienne et extrêmement rare.
Dieter devint apprenti dans la fabrication d'outils à 14 ans.
Il apprit à fabriquer des horloges d'églises.
J'appris à fabriquer des horloges et je devins aussi forgeron.
Mon apprentissage fut rude.
Combien de fois me suis-je trouvé là, le marteau à la main?
Mon chef était un vieux forgeron avec des mains énormes.
Il me frappait souvent au visage, et je m'évanouissais.
Nous travaillions de sept heures à tard dans la nuit et le week-end.
Pour 2,10 marks par mois.
C'était affreux mais nous avons tenu le coup.
Plus tard, au Vietnam, j'ai compris le sens de tout ça.
Sans cet homme dur et violent, je n'aurais jamais tenu le coup.
Il acheva sa formation à 18 ans.
30 minutes après son examen, il était prêt à partir en Amérique,
car il rêvait toujours de devenir pilote.
Cette photo a été prise au moment de son départ.
Je suis parti d'ici en Amérique.
J'avais 1,20 mark en poche.
À peine en route, j'avais déjà faim.
Le bateau ne partait que 15 jours après.
Je me rendis en auto-stop à Bremerhaven, d'où partait le navire.
À peine à bord, j'eus le mal de mer.
À l'arrière du bateau, un orchestre jouait une mélodie d'adieu.
Les larmes coulaient sur mes joues.
Je souffris beaucoup du mal de mer durant deux semaines et demi.
Mais je parvins toujours à me rendre en cuisine ou au réfectoire.
On m'y donnait des sandwiches et des oranges que je gardais.
Un matin, j'entendis que la Statue de la Liberté était en vue.
Je pris une longue chemise, la noua sous mes genoux
et la remplis de toute la nourriture.
Je pensais qu'on allait juste débarquer.
Mais on devait passer à la douane. Je ne savais pas ce que c'était.
Je n'avais que 18 ans et n'avais jamais quitté ma ville.
Nous étions très pauvres.
J'étais dans la queue pour passer à la douane.
Un douanier vint vers moi et m'enleva ma chemise.
Toute la nourriture tomba au sol et je devins rouge écarlate.
Les gens riaient en Allemagne et
disaient : "Il croit qu'en Amérique, l'argent pousse sur les arbres."
Ils me voyaient déjà en prison. À ce moment, je m'y voyais moi aussi.
Je ne connaissais que quelques mots d'anglais.
Je ne connaissais que des maisons à deux étages.
J'étais arrivé à Manhattan, un monde nouveau, mais j'étais affamé.
Je vécus un temps dans la rue et rencontrai des gens.
Puis je me rendis à l'armée de l'air car j'étais venu pour devenir pilote.
C'était impossible en Allemagne, l'aviation n'existant plus.
Nous n'avions aucune formation
et devions travailler pour soutenir nos parents.
Le recruteur me promit que je deviendrais aviateur dans l'armée.
Je signai, et deux heures plus tard, on me rasa la tête.
Mais je me suis retrouvé en cuisine.
Il y avait 5000 à 7000 recrues au Texas.
J'ai épluché des patates pendant plus de deux ans.
Puis j'ai changé des pneus de voiture.
Mais je ne vis pas un seul avion.
Je pris des cours et devins citoyen américain.
Je partis en Californie m'inscrire à l'université
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