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Entrez.
René Génin, curé de Cantenac,
et Roger Legris, idiot du village.
Comment sont-ils ? - Très étonnants.
-Très étonnants ? Eh ben, mon Dieu...
Messieurs, je vous prie.
Vous êtes bien
M. Sacha Guitry ? - Jusqu’à preuve du contraire, oui.
Avez-vous le temps
de faire un film ? - On a toujours
une demi-heure devant soi.
Eh bien, monsieur...
Je la trouve passionnante, votre histoire. à tel point que...
Allô, mademoiselle ?
Voulez-vous me faire venir une technique complète ?
Oui, oui, tout de suite. Merci.
Monsieur Fernand René.
Je suis le poivrot du village.
Vous voyez ce qu'il vous reste à faire.
Mesdames, s'il vous plaît.
Mme Fusier-Gir, la mercière de Cantenac.
Mme Pauline Carton, la bonne du curé.
Voulez-vous annoncer
Milly Mathis, la patronne du café,
avec Henry Laverne et Paul Demange.
L'un étant son mari, et l'autre, son amant.
M. Marcel Simon, le centenaire de Cantenac.
Et voilà Ramettre.
Non, mais écoutez... Je vous demande pardon.
Si vous parlez tous à la fois, je ne vais rien pouvoir noter.
- Voici comment ça commence. - Un beau matin...
Non, c'était un soir.
Non, non. C'était un jeudi.
C'est sûrement pour un film.
Rongier en fera sûrement le montage.
M. le baron de Cantenac, avec son gendre et l'épouse de celui-ci.
Messieurs et mesdames les villageois nommément désignés :
Robert Seller, le menuisier ;
Luce Fabiole, la laveuse en journée ;
Numès fils, le facteur ;
Jacques Sablon, le cantonnier.
Êtes-vous au courant de l'événement miraculeux
qui s'est produit à Cantenac ? - Je suis très intéressé,
je l'avoue.
- Permettez-moi de vous raconter. - Je vous en prie.
Le 2 septembre, à 8 h 20...
Voici Sophie Mallet, la gardeuse d'oies ;
Pierre Juvenet, le charcutier ;
Marthe Sarbel, la boulangère ;
Yvonne Hébert, la repasseuse ;
Claire Brilletti, la nourrice ;
Georges Spanelly, l'architecte.
Donnez-vous la peine de monter.
Voici Jacques de Féraudy, le forgeron ;
Léon Walther, le maître d’hôtel ;
Solange Varennes, la bergère ; Aziza Ali, la romanichelle ;
Roger Poirier, le jardinier ;
Germaine Duard, la servante.
Voulez-vous bien monter jusqu'au salon d'attente ?
Voici Bob Roucoules, le docteur ;
Paillette, la sage-femme ;
et Gréthen, le charpentier.
Montez, messieurs.
Varougeanne, le gitan ;
et enfin Bever, le fossoyeur.
C'est ainsi que ça finit.
- Et ça ne pouvait pas mieux finir. - Nous le pensons tous.
Qu'est-ce que c'est, tous ces gens ? Ils sont sympathiques.
Ils viennent de me raconter un sujet de film extraordinaire.
Dans ce film, tu joueras le rôle de Mademoiselle,
si Mademoiselle le veut bien.
À condition que vous jouiez le rôle du baron de Cantenac.
Je ne peux rien refuser au baron.
C'est un homme, en effet, qui ne se refuse jamais rien.
Messieurs, nous commençons un nouveau film dans un mois.
François Caron, voulez-vous bien être le directeur de la production ?
François Gir, soyez mon assistant.
Renoux, faites-en les décors.
Ramettre, soyez l'opérateur.
Et s'il vous plaît, appelez de nouvel les recrues.
M. Louis, ingénieur du son.
Mlle Lefevre, soyez la script-girl.
M. Muller, soyez le régisseur général.
Oh, et voilà Louiguy !
Vous voulez bien faire la musique ? Oui ? Tant mieux.
Trois, quatre !
Il était une fois un petit village qui vivotait modestement
entre Paimpol et Draguignan.
C'était un ravissant petit village. II n'y a pas de villages laids
quand on les regarde de loin.
Il se nommait Cantenac.
Il était là depuis des siècles
et il n'avait encore jamais fait parler de lui.
Figurez-vous qu'il vient
de lui arriver une aventure miraculeuse.
Et c'est précisément cette aventure que je vais vous conter.
Mais je dois commencer par le commencement,
et je veux vous poser la question suivante :
vous savez ce que c'est qu'un village ?
Vous savez comment ça commence ?
Eh bien, ça commence par un château.
C'est à peine croyable, mais c'est ainsi.
Un grand seigneur décide un jour de se faire construire
un château magnifique.
Quand on se fait construire un tel château,
on a besoin de bien des choses.
Pour le construire, on a besoin de tout.
Et pour y vivre, on a besoin de pain, de lait,
de fruits, de légumes et de fleurs.
Hélas, on a besoin de viande.
Comment ne pas mettre en pendant
la beauté de ce cavalier et la noblesse du geste du travailleur.
Le maintien du seigneur n'a pas plus d'harmonie
ni de grâce que le geste d'un ouvrier
quand celui-ci fait son ouvrage avec amour.
Alors tout auprès du château un village s’élève,
qui la veille n'était encore qu'un hameau,
et qui paraît sortir de terre à l'appel du clocher.
Il faut avoir sa raison d'être sur la terre.
C'est pourquoi les châteaux autrefois
savaient se rendre utiles en créant des villages
qui parfois devenaient des villes.
Car donnant donnant.
Quand le village nourrit le château,
le château le fait vivre en lui procurant du travail.
Et c'est ainsi qu'au XVle siècle, notre petit village est né,
et tel est le seigneur qui l'avait mis au monde.
Voilà bientôt 500 ans qu'il existe.
Mais il faut avouer qu'il n'existe plus guère depuis 150 ans.
C'est e peine s'il subsiste, le pauvre.
Car il n'a plus de château. C'est fini.
Depuis la Révolution, depuis 1793.
Mais faisons une croix sur tout cela,
car voici que le coq du village
dit au coq du clocher qu'il est 5 h.
Le clocher le répète et d'autres vont le dire.
Voilà que les maisons sont giflées par les volets.
Alors au seuil des portes et dans le cadre des fenêtres
apparaissent, bouffis et presque tous maussades,
5, 10, 1 5, 20 visages de paysans.
Faisons connaissance avec eux. Nous allons en apprendre de belles.
Car il y a dans ce village bien des choses extravagantes.
Et en parlant de choses extravagantes,
voici sans plus tarder le poivrot de l'endroit
et l'idiot du village.
Ce doux poivrot est un sujet de curiosité :
jamais on ne l'a vu boire et toujours on le voit soûl.
Cela tient à ce qu'il se cache pour boire.
À mon sens, il devrait faire le contraire.
Il devrait boire ouvertement et se cacher une fois soûl.
Quant à ce petit bonhomme qui se faufile un peu partout,
qui apparaît, qui disparaît,
qui aime à s'effacer, à faire des farces à tout le monde,
il joue dans l’aventure un rôle assez discret,
encore qu'il soit primordial. On en aura bientôt la preuve.
Oh ! Il fait nuit de bonne heure, ce matin.
Puisqu'elle vient à nous, souffrez que je vous la présente.
Pourquoi marche-t-elle ainsi ? Pourquoi tant de manières ?
Pourquoi est-elle coiffée de cette façon ?
Parce qu'elle était allée un jour à Paris.
Elle méritait une leçon, et Prosper la lui donna
Et cette leçon lui fit grand bien.
Elle connut l'amour, et bientôt elle devint la grue du village.
Voilà ce que c'est que d'être allée à Paris.
Mais soyons sérieux. Nous avons ici deux hommes en évidence :
le maire et le curé.
L'un et l'autre a son fief distinct,
et il n'y a pas que la route qui les sépare.
Le maire est mécréant, profane, sectaire.
Il tient à ses opinions comme si on voulait les lui prendre,
alors que nul à Cantenac ne les partage.
Il en va de même du curé, pauvre, cher et saint homme.
Personne ne lui parle. Il ne parle à personne.
En voici la raison.
Entre ce maire, qui s'assied sur la margelle des puits,
com me pour empêcher la vérité de sortir,
et ce curé que tout divise : le caractère et les idées,
la mission de l'un, la fonction de l'autre,
oui, entre ces deux hommes, il y a quelque chose.
Une chose qui fait que leur hostilité devient chaque jour plus grave
et pl us profonde encore.
Ces hommes sont les deux frères, et ce sont deux jumeaux.
La lutte avait été terrible entre eux naguère,
et l'on prétend qu'un soir ils s'étaient colletés tous les deux.
Les deux hommes s'étaient âprement disputé les à mes des villageois,
qui bientôt, ne sachant à quel parti se résoudre,
et désirant mener sur terre une existence paisible
sans se fermer le ciel irrémédiablement,
prirent un jour la double détermination
de ne plus mettre les pieds ni à l'église,
ni aux réunions organisées à la mairie
dans un but évident.
Ces gens préféraient n'avoir aucune opinion d'aucune sorte,
ni politique, ni religieuse, non, non, non !
"Qu'ils se débrouillent tous les deux et qu'ils nous laissent en paix."
Pourtant, il est deux concessions que tous,
moutons de Panurge s'il en fut, faisaient volontiers :
tous les 4 ans ils votaient pour le ma ire,
et au moment de mourir, la nuit étant venue,
ils appelaient le curé.
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