As primeiras 200 linhas.
AFTER LIFE
Et ce vieux M. Yamada...
LUNDI
... il n'a que des histoires de fesses.
Je te plains !
Merci. Note qu'il en parle avec tant de joie
que je l'écoute avec plaisir. Mais quand même !
Trois jours à n'écouter que ça, c'est dur, crois-moi !
Et finalement, il a choisi un voyage avec sa femme ?
Il semble que ç'ait été son vœu personnel, en tout cas.
Il a dû se repentir au dernier moment.
Tout est bien qui...
Oui, mais il aurait pu choisir plus tôt, au lieu de me pomper l'air.
- Bonjour ! - Bonjour !
Kawashima, attrape.
C'est glacé ! Tu aurais pu faire chauffer l'eau !
- Bonjour, tout le monde ! - Bonjour !
La semaine dernière, 18 personnes.
Nous avons réussi à toutes les expédier.
Ce succès est, bien sûr, le résultat de tous vos efforts.
Bon, cette semaine, ils sont un peu plus nombreux...
22 au total.
Kawashima, tu en prendras 8.
Sugie, 7.
Mochizuki, 7.
C'est tout ce que j'avais à vous dire.
Bon courage à tous pour cette semaine qui commence.
Je m'appelle Takahashi.
Veuillez attendre dans la pièce du fond.
Je m'appelle Kori.
Kori Yone, n'est-ce pas ?
Veuillez attendre dans la pièce du fond.
Je m'appelle Tatara Kimiko.
Les lieutenants touchaient 95 yen par mois.
C'était l'année de la rébellion du 26 février.
On était en juillet 1937.
Pardon de vous avoir fait attendre. Nous commençons les entretiens.
Carte n° 1. Mme Tatara. Tatara Kimiko.
Petit salon A.
Carte n° 2. Mme Kori. Kori Yone.
Petit salon B.
Carte n° 3...
Oui. Entrez.
Bonjour, madame. Vous pouvez accrocher votre manteau.
Tatara Kimiko, c'est bien vous ?
Votre date de naissance, s'il vous plaît.
3 avril 1920.
Ce qui vous fait quel âge ?
78 ans.
Je crois que vous connaissez la situation,
mais je vous rappelle les faits.
Mme Tatara Kimiko, c'est-à-dire vous-même...
vous êtes décédée hier.
- Je vous présente mes condoléances. - Pareillement.
Vous resterez avec nous une semaine.
Chacun dispose d'une chambre afin de pouvoir se détendre à sa guise.
Cependant, pendant votre séjour ici,
il vous faudra absolument faire une seule chose.
Parmi tous vos souvenirs
accumulés au cours de ces 85 années,
vous devrez choisir le plus important,
celui qui vous a le plus marqué.
Mais le temps vous est compté.
Vous devez décider en trois jours.
Ensuite, quand vous aurez choisi votre souvenir,
nous tous ici ferons de notre mieux pour le recréer en le filmant.
Et samedi, vous verrez ces films dans la salle de projection.
Au moment où chacun revivra clairement l'instant choisi,
il s'en ira dans l'au-delà en n'emportant que ce seul souvenir.
Alors, M. Yamamoto,
vous avez réfléchi à vos 50 années d'existence ?
En fait... je n'ai guère envie de revenir sur mon passé.
Ce ne sont que mauvais souvenirs.
Ce qui ne veut pas dire
que je regrette de ne pas avoir vécu plus longtemps.
Je ne pense pas que j'aurais été plus heureux.
Un seul souvenir ?
Je peux déplacer ma chaise ?
Faites, faites. Mettez-vous à l'aise.
Comme vous voulez.
Installez-vous pour parler.
En 29 ans, ce qui m'a le plus marqué, le plus impressionné...
C'est simple, vous aurez beau dire...
pour un homme, c'est quand il fornique.
Quand il fornique, c'est le pied !
C'est pareil pour tous. Renseignez-vous et vous verrez.
Quand vous avez été traitée pire qu'une chienne,
vous décidez que vous n'aurez plus jamais d'homme dans votre vie
et même vous le jurez.
Mais quelqu'un de gentil arrive
et nous, les femmes...
Mais les hommes, c'est pareil, non ? Qu'en pensez-vous ?
Bon... que voulez-vous que je vous dise ?
Quelque chose qui était plaisant, qui m'a rendu heureux ?
Voyons voir...
Il y en a beaucoup.
Bien sûr, ma vie n'a pas vraiment tourné comme je l'avais souhaité.
Mais j'ai quand même vécu ma vie énergiquement, pleinement.
Tout le monde vient ici ?
- Tout le monde ? - Assurément.
Alors, le bien et le mal, ce n'est pas un critère...
et tout ce qu'on raconte aux enfants sur l'enfer...
c'est bidon ? Tout le monde vient ici ?
Effectivement.
Écoute Iseya, au cours de ces 22 années...
Soyons clairs... j'ai bien écouté vos explications.
Sachez que je n'ai aucune intention de choisir, aucune.
Une circulaire.
Merci.
- Que lis-tu, cette semaine ? - "R". Un roman policier.
C'est fou ce que tu lis ! Un bouquin par semaine !
Il te plaît ?
Je te le passerai après, si tu veux.
Quand j'aurai fini celui que je lis.
- Tu lis quoi ? - L'Encyclopédie Universelle.
J'ai tout mon temps.
Y en a un qui va pas être facile !
Iseya, 22 ans, sans vrai boulot...
mais très sûr de lui.
J'aime pas ce genre-là.
Et toi, Mochizuki ?
- Moi, j'en ai deux difficiles. - Deux ?
M. Watanabe, qui a 70 ans
et M. Yamamoto, 50 ans.
Deux, c'est beaucoup !
- Qu'est-ce qu'ils ont ? - Aucune particularité.
Ceux-là, ce sont les plus durs.
C'est de l'Earl Grey.
- Tu aimes ? - C'est bon.
Je t'en remets.
Merci pour tout !
Pas si fort, M. Nakamura !
Je dis que vous parlez trop fort. Au revoir.
Un instant !
Sugie, une partie d'échecs, ça te dirait ?
Demandez à votre pote, le gardien.
Quoi, vous vous êtes encore disputés ?
MARDI
Il n'y a rien de particulièrement marquant dans ma vie.
Ce fut une vie tout à fait ordinaire.
Mais si je dois absolument trouver...
je choisirais mon enfance.
C'est l'époque la meilleure de ma vie.
Quel âge environ ?
Voyons voir... c'est difficile à préciser,
mais plutôt vers les 12 ans, quand j'étais en cinquième.
C'était la veille des grandes vacances.
En fait, j'ai grandi dans un quartier populaire,
et je prenais le tramway pour aller en classe.
Je voyageais à l'avant du tram, toujours,
car le conducteur gardait ouverte la fenêtre qu'il avait sur le côté.
Le trajet était court mais la sensation de la brise
qui me caressait le corps entier était un délice.
Pont sur lequel, après la guerre,
elle retrouve par hasard son fiancé démobilisé.
Nous devions nous marier mais il est parti,
et il m'a dit que rien n'était sûr car la guerre touchait à sa fin.
Donc, quand vous étiez sur ce pont, vous aviez perdu tout espoir
de revoir celui qui est devenu votre époux ?
Non, je l'attendais. J'étais sûre qu'il reviendrait.
Mais il devait y avoir...
beaucoup de monde sur ce pont, non ?
Oui, mais je n'en ai rien vu.
Vous étiez tous deux seuls au monde ?
En quelque sorte.
On était jeunes.
Elle avait un petit grelot accroché à son sac.
Alors, quand elle marchait,
le grelot tintait : "tchirin, tchirin" !
Et moi, si j'étais à la maison,
quand j'entendais le "tchirin, tchirin"...
"Chic, la voilà !"
J'aimais beaucoup entendre le son de ce grelot.
Et puis, un jour... un jour d'hiver...
j'étais là, tout seul...
je nouais mes lacets pour rentrer chez moi.
C'était la nuit, une nuit noire.
Ces chaussures, ce n'était pas des chaussures de cuir.
C'était des baskets. J'étais donc en train de nouer les lacets...
Pas de sel du tout... Depuis la bataille de la nuit du 2 mars,
on n'avait plus du tout de sel donc on était très affaiblis.
Même notre sueur n'était plus salée.
Il y avait des noix de coco et des bananes,
mais on ne pouvait pas monter aux arbres.
Alors, avec nos sabres,
on coupait les arbres,
on enveloppait les noix de coco dans le drapeau
et avec ça sur le dos, on fuyait à qui mieux mieux.
Tout à coup, je me suis trouvé encerclé par quarante types.
J'avais mon fusil,
mais puisque j'allais être abattu,
j'ai eu envie de fumer une cigarette
et de manger du riz.
Alors, je me suis lancé : "Give me cigarette..."
Alors les autres...
ils ont dû penser que de toute façon, j'étais foutu.
L'un d'eux a sorti de sa poche une cigarette, qu'il m'a tendue.
J'ai pensé qu'ils n'étaient pas si méchants, alors...
"I am hungry.
"Boiled rice give me."
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