As primeiras 200 linhas.
T'en fais pas.
Le premier jour, j'ai oublié tout ce que j'avais appris en cours.
- C'est vrai ? - Je t'assure.
C'est toujours difficile, même si on est bien formé.
On n'est jamais à l'abri d'un truc totalement imprévisible.
D'ailleurs, j'ai une anecdote assez marrante.
Vas-y.
Salut.
- Tu la connais ? - Nate.
Salut.
- Jessica. - Allez, je vous la raconte.
C'est ma 1re semaine ici, je suis de portail.
C'est-à-dire ?
Les gamins sont libres de partir. T'essaies de les convaincre de rester.
T'as fait vite.
- C'est vrai. Bonjour. - Nate,
- voici Grace, ta nouvelle chef. - Enchantée.
- De même. - Tu devrais enlever ta cravate.
Et sache que Mason
raconte des histoires totalement farfelues.
Pisse pas dans l'eau du bain.
C'était calme, cette nuit.
Grace, ma nouvelle chef merveilleuse de l'époque,
me laisse au portail 3 heures sans pause toilettes.
Et j'en peux plus,
vu qu'on nous a servi des tacos et qu'elle a omis de mentionner
leur effet laxatif.
Sur ce, un gamin de 16 ans,
une putain de baraque d'une tête de plus que moi,
se pointe et passe tranquillement le portail.
C'est mon 2e jour.
Je suis largué. Grace, qui est plantée là,
ne bouge pas.
En tout cas, je vois Mason d'un côté du portail
et Wesley de l'autre, qui jubile se sachant intouchable.
Pourquoi ?
À l'extérieur, on peut pas les toucher.
Elle me dit de le suivre, ce que je fais.
Pendant des heures, je marche 2 m derrière lui.
Il monte dans un bus, moi aussi.
À ce stade, je suis obnubilé
par l'effet de ces tacos sur mes intestins.
Je décide donc
de foutre le camp au prochain arrêt pour ne pas me faire dessus en public.
Pile à ce moment-là, Wesley
penche sa grosse tête vers moi et me sort très calmement :
"Je descends au prochain.
"Si tu me suis, je t'arrache les couilles et je te les fais bouffer."
Oh, putain !
Totalement farfelues.
C'est vrai, j'y étais.
Ah ouais ? T'es sûr ?
Le bus s'arrête, il descend.
Je m'avance vers la porte.
Il m'attend sur le trottoir, à 3 m, les yeux braqués sur moi.
Mais j'ai pas le choix.
Je descends donc, et à l'instant où je pose le pied à terre,
c'est comme si un nœud dans mon fion se défaisait.
Mon estomac en feu se déverse sur mes jambes.
Je suis comme un con avec la merde qui gicle sur mes cuisses et bousille
- mes baskets. - Et Wesley est là,
plié en deux, mort de rire.
Faut le voir se marrer...
C'est parti, Nate.
Amène-toi !
Vas-y.
Sammy !
Lâchez-moi, gros pervers !
Nate, attrape ses pieds.
On va attendre un peu que tu décompresses.
Décompresse, mon cul, enculeurs de canards.
Je connaissais pas celle-là.
T'as l'habitude, Sammy. Ça va passer.
Ça va mieux ?
Je crois que t'as battu ton record de distance.
Enfin bref, suite à ça,
il m'a suivi rien que pour pouvoir raconter
que j'avais fait dans mon froc.
Tout le monde l'a su. C'est même remonté jusqu'à ma mère.
On te l'a racontée ?
Ça se passe bien ?
D'enfer !
La crise est passée, Sammy ?
Tu veux aller te reposer ?
On se relève.
On se voit dans le bureau.
Bienvenue au foyer.
STATE OF GRACE
Les dossiers des gamins avec les horreurs qu'ils ont subies.
Ils restent longtemps ?
Normalement moins d'un an, mais parfois un peu plus de trois.
Le temps que le comté décide où les placer.
Tom, va te brosser les dents.
T'es ni leur père
ni leur psy, t'es là pour fixer un cadre sécurisant.
Entendu.
Ils vont te tester, au début. Dis non dans un premier temps.
Non. D'accord.
Tu pourras être sympa après.
Ça va aller.
Rassemblement dans 5 minutes.
Luis, traîne pas.
Des menaces ?
T'as 5 secondes.
T'as pas les couilles.
Je t'ai déjà dit de pas la chercher.
Moi aussi, je t'aime.
C'est pas cool.
Kendra, tu fais la secrétaire ?
O.K.
Merci.
L'assemblée est ouverte.
Des annonces ?
Pas d'annonces ?
Qu'est-ce qui se passe ? Vous avez tous l'air amorphes.
Tu leur as fait quoi ?
Je sais pas.
J'ai lâché un pet dehors, il a dû me suivre.
Tu t'es rechié dessus ?
C'était pas un pet foireux, merci.
D'ailleurs, c'est arrivé une fois
et t'étais même pas ici.
Ça reste drôle.
C'est bon ? C'est la troisième fois ce matin.
Elle est bonne.
C'est vrai.
J'ai une annonce qui n'a rien à voir avec ces histoires scato.
Comme vous devez le savoir,
Marcus va avoir 18 ans et nous quitter.
J'aurai sa chambre ?
On va fêter ça la semaine prochaine.
Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
Me raser le crâne.
Je parlais de la nourriture.
Je veux pas de nourriture.
Je veux me raser la tête.
Entendu.
Tant que je tiens le rasoir.
Les autres, pour la fête de Marcus, vous voulez manger quoi ?
Un à la fois.
Luis, merci de lever la main.
C'est qui le type zarbi ?
C'est Nate.
Soyez pas vaches avec lui, c'est son 1er jour.
Tu veux te présenter ?
Volontiers.
Salut. C'est dit, je m'appelle Nate.
Je fais une pause d'un an dans mes études
pour être sur le terrain
auprès d'enfants défavorisés.
- C'est quoi, ces conneries ? - Du calme.
- Non, vas-y. - T'entends quoi par "défavorisés" ?
Je voulais pas dire ça.
Alors, réfléchis avant d'ouvrir ta gueule, le nouveau.
Va dans ta chambre.
Va dans ta chambre.
Je suis désolé.
Désolé.
Niveau et sentiment général. À vous.
Vas-y, Luis.
Vert. Bien.
- Argent. Bof. - Jaune.
Je me sens bizarre.
Vert. Ça va.
Jaune. Énervée.
Foyer Short Term 12, Grace.
Maintenant ?
T'en penses quoi ?
De la nouvelle lampe.
C'est génial. Elle s'allume et s'éteint au toucher.
Essaie.
Cool, non ?
On m'attend à une séance de groupe. Tu m'accompagnes ?
D'accord.
C'est Jayden. On vient de l'orienter vers nous.
Son père est un ami d'ami, un type sympa, très cultivé.
Pourquoi elle est pas avec lui ?
Il a perdu sa femme il y a quelques années.
Jayden lui mène la vie dure depuis 2 ans.
Elle a été de foyer en foyer.
Elle a un comportement dangereux.
Elle a mordu le nez de son thérapeute.
Super.
On la garde la semaine, elle rentre chez elle le week-end.
Entendu.
J'ai promis qu'on s'occuperait bien d'elle.
Comme de tout le monde.
Je sais et je te fais confiance pour bien t'occuper de Jayden.
Elle arrive quand ?
Elle est peut-être déjà là.
J'aime bien ton prénom.
C'est un prénom de mec.
Ah bon ? J'aurais pas cru.
Demande à Will Smith.
Tu peux pas garder ça.
On le met dans une armoire et tu y auras accès.
Je sais. Pas de ceinture, rasoir, ciseaux, ni de putain de liberté.
Ni de jurons.
Merde, j'avais oublié ça.
Je laisse passer celui-là parce que c'était futé.
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