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Mon père disait que c'était un don de Dieu.
Ma capacité à voir la musique.
À identifier la note que ma mère toussait chaque matin.
Les jappements du chien à l'autre bout du champ
ou le ton du chant des grenouilles au printemps.
Des formes,
des couleurs.
Je croyais que tout le monde voyait les sons.
Un ré est de couleur jaune.
Pareil pour les goûts.
Si mon père jouait un si mineur, l'amertume me montait en bouche.
Jamais il ne m'est venu à l'esprit que la musique n'était que du son.
À travers la montagne rocailleuse
Des kilomètres et des kilomètres j'ai marché
Je n'oublierai jamais l'allure de ma mère
Que Dieu bénisse sa gaieté
Un vieux fermier fortuné
Vivait dans les environs
Il avait une fille esseulée
Que mes yeux jamais ne quitteront…
La professeure de musique du village avait remarqué ma voix.
Elle a écrit à un collègue de Boston.
C'est ainsi que j'ai quitté la ferme.
Avec une bourse pour le Conservatoire de la Nouvelle-Angleterre.
À travers la montagne rocailleuse
Des kilomètres et des kilomètres j'ai marché
Lionel ?
Des kilomètres et des kilomètres j'ai marché
Désolé.
J'ai appris cette chanson à la maison. Excusez-moi.
Un vieux fermier fortuné
Vivait dans les environs
Il avait une fille esseulée
Que mes yeux jamais ne quitteront
Elle était grande et belle
Yeux bleus et cheveux bouclés
Il n'existe nulle fille
Dans le monde entier Qui lui arrive à la cheville
Où avez-vous appris cette chanson ?
Quelque part dans une forêt anglaise.
Mon père me la chantait dans le Kentucky.
C'est vrai ?
David White.
Lionel Worthing.
Quel département ?
Chant.
La la la.
Composition.
- On connaît ce type de chanson par ici ? - Non.
C'est…
un passe-temps estival.
Je recueille les airs, les ballades, les chansons.
Ça me rappelle le pays.
Vous en connaissez d'autres ?
Sans doute plus que vous.
Pretty Saro ?
Évidemment.
Fair Winter ?
"L'un partit à l'est, l'autre à l'ouest."
Ou peut-être…
Silver Dagger ?
Non, je ne crois pas.
- Le devrais-je ? - Elle est très jolie.
Eh bien, chantez-la-moi.
Quel ton ?
Allez, dites-moi.
Je n'ai pas l'habitude de chanter avec…
- Avec quoi ? - Un public qui discute.
Excusez-moi !
Silence, s'il vous plaît !
Je ne disais pas ça dans ce sens-là.
Pas le choix de chanter à présent.
Timide ?
Ne chante pas de chansons d'amour
Tu vas réveiller ma maman
Elle dort juste là, à mes côtés
Dans sa main droite, un poignard en argent
Elle m'interdit d'être ta fiancée
Tous les hommes mentent
Affirme ma mère
Ils vous promettent des empires
Le lendemain, à une autre inventent des chimères
Vous laissant seule à vos soupirs
Mon père, ce séduisant trompeur
Possède une chaîne longue de sept lieues
Dont chaque maillon porte le cœur
D'une autre qu'il a quittée sans un adieu
Ne chante pas de chansons d'amour
Tu vas réveiller ma maman
Elle dort juste là, à mes côtés
Dans sa main droite, un poignard en argent
Elle m'interdit d'être ta fiancée
Assieds-toi
et chante-moi tous les airs que tu connais.
David connaissait un millier de chansons.
Une mémoire photographique, qu'on dirait aujourd'hui.
Il pouvait en jouer une à la perfection après une seule écoute.
Oh, comme j'aime me lever quand le soleil se lève
Au petit matin
Et entendre les oiseaux entonner leurs refrains
Joyeusement sur leurs branches
Vive la vie du garçon de ferme
Qui peut s'ébattre dans le foin fraîchement coupé !
Un autre verre ?
Je suis exténué.
Je rentre. Raccompagne-moi.
Entre boire un verre d'eau.
Désolé. C'est le seul qui est propre.
Suis-moi.
Allez.
SAMEDI PROCHAIN ?
Le vent souffle
Aujourd'hui, mon amour
Et il porte quelques gouttes de pluie
Je n'ai jamais connu qu'un seul amour
Et dans la froideur de la tombe il gît
- Laisse tomber. Elle est trop longue. - Continue, s'il te plaît.
- Je t'apprendrai le reste plus tard. - De quoi parle-t-elle ?
D'un homme, assis sur la pierre tombale de son amante,
qui refuse de la laisser reposer en paix.
Ennuyée par ses pleurs, elle l'implore
de la laisser tranquille.
Oh, qui donc
Sied sur ma tombe
Et m'empêche de dormir ?
Elle lui demande de profiter de la vie et de s'en aller.
Une bonne leçon.
Où l'as-tu apprise ?
En Angleterre, lors de mes recherches avec mon oncle.
Que faisiez-vous là-bas ?
Tu poses beaucoup de questions de bon matin.
Tu sais tout sur moi alors que j'ignore où tu as grandi.
Tu ne sais pas ?
À Newport.
À la mort de mes parents, j'ai vécu avec mon oncle Silas près de Londres.
J'avais onze ans, peut-être douze.
Tu étais orphelin ?
Un peu théâtral, dit comme ça.
J'ai été brièvement sans parents.
Ce nouveau rôle de père a pris Silas par surprise.
Il était déterminé à me rendre heureux.
Il en a fait son devoir.
Le fameux sens du devoir des Anglais.
Il a remarqué que je fredonnais les chansons de sa bonne.
Elle a dû lui dire que je la questionnais à leur sujet.
J'étais un garçon obsessif,
sans doute très agaçant.
Je demandais à tous les villageois de me chanter des airs
que je consignais dans un carnet.
Gênant, non ?
C'est de là que tout a commencé.
Silas m'emmenait dans la campagne.
D'abord dans le comté de Surrey, puis dans le Lake District pendant l'été.
On a passé un été en Irlande.
Son intérêt pour la collecte de chansons a dépassé le mien.
Où est-il ?
Décédé.
D'une sorte de fièvre. C'est pourquoi je suis de retour ici.
J'ai hérité de la maison parentale à Newport
et j'ai horreur du climat anglais, etc.
Je suis désolé.
Pour quoi ?
Pour ton oncle
et tes parents.
Tu n'as pas d'autres proches ?
Tous ceux qu'on connaît finissent par mourir, tu le sais.
Je dois y aller.
Je suis pris ce soir.
La semaine prochaine ?
- Chut ! - Désolé.
Bonne nuit !
Les cours furent annulés plus tard dans l'année
quand vint la conscription.
Peut-être que ça s'arrêterait là, me suis-je dit.
Une poignée de nuits, le temps d'une saison.
Tu pars.
C'est ce qu'on m'a dit.
J'imagine que tu n'as jamais eu à te soucier de la conscription
grâce à tes lunettes.
Je pars cette semaine
faire la guerre.
Écris-moi.
Envoie des chocolats.
Ne meurs pas.
Oh, la neige fond plus tôt
Quand le vent se met à chanter
Et le maïs mûrit plus vite…
Je suis rentré à la ferme
au printemps de 1917,
sans crier gare,
à regret.
… Avant de se séparer
Je parie une couronne Qu'il le suivrait volontiers
Oh, la neige fond plus tôt
Quand le vent se met à chanter
Et l'hirondelle rase le sol sans réfléchir
À l'aube du printemps
Mais quand le souffle du printemps chasse l'hiver
Mon petit, tu brûleras d'envie
Par orgueil de me suivre
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