最初の200行です。
J’étais le genre d’enfant qui était timide...
mais seulement à l’extérieur de la maison.
Quand j’étais seul dans ma chambre, je pouvais être moi-même.
Mais quand je n’y étais pas et devant d’autres gens,
je devais avoir une sorte de façade...
et agir comme tout le monde.
Mais je me savais différent.
Il y a de l’excitation dans l’air pour les 40 000 fans
qui attendent Madonna.
À chaque étape de sa tournée,
Madonna a provoqué l’émoi.
Je sais pourquoi on a été choisis, moi et Jose.
Pour chorégraphier Vogue , le clip...
et ensuite, faire la tournée.
On faisait déjà ce truc de vogue.
Notre groupe était assez connu
dans la scène underground new-yorkaise.
Madonna est venue à New York.
Elle nous a dit, “Alors ? On m’a parlé de vous
et votre truc de vogue.
Je veux voir. Je peux ?”
Très clairement.
Jose est très jeune.
Il maîtrise plusieurs types de danse.
Elle a vu un talent brut. Du caractère.
Une jeune expression artistique, c’est le top.
Je disais ce que je pensais, comme elle.
Notre flamboyance était un avertissement.
On porte des boucles d’oreilles. Du eye-liner.
Mais ne méprenez pas ça... pour de la faiblesse.
POUR DANSEURS FÉROCES QUI DANSENT LE VOGUE
Je me rappelle avoir vu l’annonce.
Je venais d’avoir le pire été de ma vie.
Je n’avais pas d’argent pour bouffer. Ni pour frayer.
J’avais un mulet horrible avec des mèches.
Je n’avais jamais vu autant de monde.
C’était de la folie.
Il y a avait la queue jusqu’au coin de la rue.
J’étais jeune, j’avais faim et l’Amérique m’était nouvelle.
Je suis arrivé en juin 87.
Le 20 juin 1987.
Et après trois ans à New York,
j’ai eu le contrat avec Madonna.
C’est dingue. Je panique là.
Du stress belge.
Je voulais tout le temps qu’on me regarde.
J’ai toujours voulu être le meilleur.
Le meilleur en tout.
Et pour la danse, je l’étais.
Je me souviens d’être rentré,
et il y avait un message sur mon répondeur.
Plus personne n’en a un.
J’ai répondu et on m’a dit, “Je veux parler à Carlton. C’est Madonna.”
Je me suis dit, “Quoi ? Elle appelle chez moi.”
Elle a dit qu’elle allait dans un bar, Club Louis.
Et elle m’y invitait.
Et tous les mecs étaient là,
Kevin, Oliver, Jose et Luis.
Je pense que tous les reçus étaient là ce soir-là.
Bon sang.
J’ai dit, “Maman, j’y suis.”
Je me suis agenouillé et j’ai pleuré.
C’est tout.
Prends une pose
Madonna a vu beaucoup de danseurs.
Quand on a vu tous les plus grands danseurs,
ce qui reste, c’est le style et la personnalité.
Il y a une déclaration qui m’est restée
qui illustre notre relation,
et c’était : “Donnez plus de vous-même.”
Donnez plus de vous-même.
Libéraux.
Expressifs. On était ce qu’elle voulait à l’époque.
Poussant le bouchon, sans craindre de nous montrer tels qu’on était.
Ne te contente pas des restes, bébé
Passe ton amour à la moulinette
Tu sais, tu sais, tu dois
Ce show était sur la liberté.
D’un artiste, d’un être humain.
La liberté de dire la vérité.
Exprime-toi
Exprime-toi et n’aie pas honte.
On avait notre truc, notre attitude, notre style.
On est tous différents.
Même si les six étaient gay, ils ont tous été élevés différemment.
On avait tous une histoire à raconter.
Mon Dieu, on s’en prenait à Oliver parfois.
On était des danseurs classiques.
Il était le seul qui venait du hip-hop.
On disait qu’il n’était pas un vrai danseur.
Avant de les rencontrer,
si quelqu’un était gay...
je l’aurais sans doute tabassé.
On a vu un perfecto avec beaucoup de couleurs...
et il était blond.
On était nous-mêmes tellement féroces et flamboyants,
ça se voyait d’emblée.
L’autre mec flamboyant.
Et voilà que l’autre mec flamboyant n’est même pas gay.
Bien sûr, tout est coordonné.
Le plus triste ? J’ai plus de fringues que ma femme.
Heureusement, elle n’est pas matérialiste.
Sa bague est simple, notre vie...
Sa vie est simple. Pas la mienne.
Je suis juste comme ça.
Je l’ai toujours été.
Mais nommez-moi quelqu’un...
Nommez-moi quelqu’un, n’importe qui...
qui a des Adidas en daim rose.
Tout à fait.
Il n’avait certainement pas l’air homophobe.
Pas avec sa façon de s’habiller.
Comment peux-tu être homophobe ?
Je veux dire...
tu as l’air d’un perroquet.
Quand on est mis dans cette situation, c’est comme être dans un bocal.
On est là et tous les autres sont à l’extérieur.
C’est une vague... Une vague physique.
Un vent de cris.
Une tempête, un ouragan de cris, de voix qui vous frappe physiquement.
Pas comme l’entendre au loin.
Comme s’il frappait de face.
C’était dingue.
Il y avait des banderoles “On aime Madonna”,
mais aussi, “On aime Kevin”. “On aime Carlton”.
“On aime Luis et Jose”.
Dans la foule.
C’est le premier de 8 concerts de Madonna
en 15 jours à New York.
Comme tout avec Madonna, cette tournée choque.
Des porte-parole de Madonna
disent que la police et le procureur
ont menacé d’arrêter la vedette hier soir pour obscénités.
Je sais que le Vatican et certaines communautés catholiques
accusent mon spectacle d’être immoral et blasphématoire.
Ils tentent d’empêcher les gens de le voir.
Bonjour. Bienvenue.
Voici la maison de mon enfance.
Entrez.
Voici la chambre que j’occupe.
La chambre bordélique.
- Salut. Jimmy. - Voici mon petit ami.
- Salut. - Sa grosse tête.
Venez par ici.
Et voici ma mère. Maman ?
Saluda, mami.
Bonjour.
C’est ma mère. Viens, así .
- Bonjour. - C’est elle.
Elle dit que lorsqu’on était en Europe...
elle a vu aux infos...
que tout le monde l’appelait ou...
Elle dit que c’était énorme. Très controversé.
Ils disaient qu’on était latinos.
Et moi et Luis étions de la communauté latino alors,
c’était énorme.
On l’appelait
et quand elle allait à l’épicerie,
on disait, “On a vu votre fils. Quel scandale.
Il a presque été arrêté en Europe pour ci ou ça.”
En route vers le Japon,
je me suis retrouvée très liée aux danseurs et...
J’ai commencé à jouer le rôle de mère.
Gabriel, puisque tu es irréprochable,
à toi le plus vieux et précieux.
Merci.
Repose en paix.
Je l’adore.
Je l’aime tellement.
Ces deux-là se sont occupés de moi : Kevin et Gabriel.
En tournée, ils se sont vraiment occupés de moi.
Parce qu’ils savaient d’où je venais.
Tout le monde le savait et eux,
ils m’ont protégé.
Je ne dis pas que les autres ne me protégeaient pas,
mais j’étais jeune.
Si je peux remettre mes pompes.
Je dirais que j’ai un souci.
Qu’est-ce qu’on a là ?
Des photos de la tournée.
Voilà Gabriel.
Me voilà.
Il était le chouchou officieux.
Il était tellement... serein.
Une présence toujours sereine et... lumineuse.
- Voici mon cadeau de Noël. - C’est quoi ?
Mon cadeau de Noël de Madonna. Il y a des années.
- Ça dit quoi ? - “À ma beauté asiatique.
Kevin, bébé, prends la vie par les couilles et ne lâche pas.”
C’est ma première famille.
Outre ma famille de sang,
c’est définitivement ma première famille.
Ce furent des années très formatrices.
Ma mère était absente.
Alors, avoir Madonna était vraiment...
ça a comblé un manque et je pense que pour elle aussi.
Elle voulait des enfants et sans vouloir une mère,
j’aimais avoir quelqu’un sur qui...
Je pouvais me fier à elle.
C’était une sorte d’instinct maternel et amical.
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