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Saigon.
Merde.
Je suis toujours à Saigon.
Chaque fois, je crois que je vais me réveiller dans la jungle.
Quand je suis rentré la première fois, c'était pire.
Je me réveillais, et il n'y avait rien.
Je n'ai pas dit un mot à ma femme jusqu'à ce que j'accepte un divorce.
Quand j'étais ici, je voulais être là-bas.
Quand j'étais là-bas, je pensais qu'à retourner dans la jungle.
Je suis ici depuis une semaine maintenant.
J'attends une mission.
Je ramollis.
Chaque minute que je passe dans cette pièce me rend plus faible.
Chaque minute que Charlie passe dans la brousse,
le rend plus fort. Quand je regardais autour de moi,
je voyais les murs se refermer. Tout le monde obtient ce qu'il veut.
Je voulais une mission.
Et pour mes péchés, ils m'en ont donné une.
On me l'a apportée comme un service aux chambres.
Capitaine Willard, vous êtes là?
Oui, j'arrive.
C'était une mission très spéciale.
Et quand elle serait terminée,
je n'en voudrais plus jamais d'autre.
- Que voulez-vous? - Vous allez bien, capitaine?
Qu'en pensez-vous?
Capitaine Willard du 505e bataillon?
- Affirmatif. - 173e aéroporté?
- Assigné au GDS? - Hé! Vous voulez bien fermer la porte?
On a l'ordre de vous escorter jusqu'au champ d'aviation.
- De quoi m'accuse-t-on? - Monsieur? Qu'ai-je fait?
Il n'y a aucune accusation, capitaine.
Vous avez l'ordre de vous présenter à Nha Trang devant la SÉCOM.
RÉGLEMENTÉ
- Je vois. - D'accord?
- Je vais à Nha Trang? - C'est exact.
Vous avez encore quelques heures pour vous préparer.
- Je ne me sens pas très bien. - Capitaine?
Dave, viens m'aider. Il est fini.
- Venez, capitaine. Allons sous la douche. - Ne soyez pas salaud.
Prends-le. On va prendre une douche, capitaine.
- On y va. - Sous la douche, capitaine.
J'allais au pire endroit du monde et je l'ignorais encore.
À des centaines de kilomètres d'ici, en amont d'une rivière
qui se faufilait dans la guerre comme un circuit principal,
se trouvait Kurtz.
Insulte-moi et je te bosse les fesses...
Ce n'était pas un hasard si je devais m'occuper
de la mémoire du colonel Walter E. Kurtz,
tout comme ce n'était pas un hasard si j'étais de retour à Saigon.
Je ne peux pas raconter son histoire sans raconter la mienne.
Et si son histoire est une confession...
Je suis le capitaine Willard.
La mienne aussi l'est.
- Capitaine. Bien. Entrez. - Merci, monsieur.
- Repos. - Général.
Vous voulez une cigarette?
Non merci, monsieur.
Capitaine, avez-vous déjà vu cet homme?
Non, monsieur.
- Déjà rencontré le général ou moi-même? - Non, monsieur.
Pas personnellement.
Vous avez beaucoup travaillé seul, n'est-ce pas?
Oui, monsieur, en effet.
Les renseignements, le contre-espionnage avec la SÉCOM, Corps I.
Je n'ai pas le droit de parler de ces opérations.
Vous n'avez pas travaillé pour la CIA?
Non, monsieur.
Vous n'avez pas assassiné un percepteur d'impôts,
dans la province de Quang Tri, le18juin 1968?
Capitaine?
J'ignore tout d'une telle activité
etje ne serai pas en mesure
de discuter d'une telle opération, même si elle existait réellement.
J'ai pensé qu'on pourrait manger en discutant.
J'espère que vous avez bon appétit, capitaine.
J'ai remarqué que vous aviez
quelque chose à la main. Êtes-vous blessé?
J'ai eu un congé de pêche pendant mon congé, monsieur.
- Vous êtes allé pêcher? - Oui, monsieur.
Mais vous êtes en forme et prêt pour le travail?
Oui, Général. Très prêt, monsieur.
Voyons voir ce qu'on a ici. Du rôti de bœuf.
Ce n'est pas mauvais, habituellement.
Prenez-en, Jerry, et faites-le passer.
Pour sauver du temps, on fera passer les plats des deux côtés.
Capitaine, j'ignore si vous aimez les crevettes,
mais si vous mangez ça,
vous n'aurez plus jamais à prouver votre courage.
OK, je vais m'en prendre un morceau.
Capitaine, vous avez entendu parler du colonel Walter E. Kurtz?
Oui, monsieur, j'en ai entendu parler.
Seigneur.
Officier des opérations, Cinquièmes forces spéciales.
Luke, tu veux bien faire jouer la bande pour le capitaine?
- Oui, monsieur. Pardon, monsieur. - Écoutez bien, capitaine.
Le 9 octobre, 0430 heures, secteur Peter Victor King.
Ça a été enregistré à l'extérieur du Cambodge.
On nous a confirmé que c'était la voix de Kurtz.
J'ai regardé…
un escargot...
ramper sur le bord
d'un rasoir droit.
C'est mon rêve.
C'est mon cauchemar.
Je rampe, je glisse
sur le bord
d'un rasoir droit
et je survis.
Transmission 11, reçue en 1968, le 30 décembre,
0500 heures. Secteur King Zulu King.
Mais on doit les tuer.
On doit les incinérer,
cochon après cochon,
vache après vache,
village après village,
armée après armée.
Et ils me traitent d'assassin.
Comment on appelle ça quand un assassin accuse un assassin?
Ils mentent.
Ils mentent, et nous devons avoir pitié
de ceux qui mentent.
Ces nababs,
je les déteste.
Je les déteste vraiment.
Walt Kurt était un des officiers les plus extraordinaires
que ce pays ait jamais connu.
Il était brillant. Il était remarquable en tous points.
C'était un homme bon, aussi.
Un homme humanitaire.
Un homme d'esprit et d'humour.
Il s'est joint aux forces spéciales.
Et après ça,
ses idées, ses méthodes,
sont devenues
douteuses.
Douteuses.
Maintenant, il est au Cambodge avec son armée montagnarde
qui le vénère comme un dieu
et qui obéit à tous ses ordres, même les plus ridicules.
J'ai une autre nouvelle choquante pour vous.
Le colonel Kurtz est sur le point d'être arrêté pour meurtre.
Je ne vous suis pas, monsieur. Le meurtre de qui?
Kurtz a ordonné l'exécution d'agents de renseignements vietnamiens.
Il croyait que c'était des agents doubles.
Il a donc pris les choses en main.
Vous voyez, Willard,
dans cette guerre, les choses deviennent
un peu floues.
Le pouvoir, les idéaux, la vieille morale
et la nécessité militaire pratique.
Mais là-bas avec ces indigènes,
ça doit être tentant
de devenir Dieu.
Il y a un conflit dans chaque cœur humain
entre le rationnel et l'irrationnel,
entre le bien et le mal.
Et le bien ne triomphe pas toujours.
Parfois,
le côté sombre
prend le dessus sur ce que Lincoln nommait les anges de notre nature.
Chaque homme a un point de rupture.
Y compris vous et moi.
Walt Kurtz a atteint le sien,
et il est clair qu'il a perdu la tête.
Oui, monsieur. En effet, il a perdu la tête.
Votre mission consiste à remonter la rivière Nung sur un bateau de la Marine
pour suivre la trace du colonel Kurtz à Nu Mung Ba
et essayer d'en apprendre le plus possible en chemin.
Quand vous trouverez le colonel, vous infiltrerez son équipe
par tous les moyens possibles
et vous mettrez fin à ses jours.
Mettre fin aux jours du colonel?
Il effectue des opérations sans aucune restriction décente.
Ça dépasse tout conduite humaine acceptable.
Il est toujours sur le terrain, en train de diriger des troupes.
Exécutez-le avec prudence.
Vous comprenez, capitaine, que cette mission n'existe pas
et qu'elle n'existera jamais.
Combien de gens avais-je déjà tués?
Il y en avait six dont j'étais certain.
J'étais assez près pour sentir leur dernier souffle sur mon visage.
Mais cette fois, c'était un Américain, et un officier.
Ce n'était pas censé me déranger, mais ça me tracassait.
Accuser un homme de meurtre ici était comme donner des contraventions
pour excès de vitesse à l'Indy 500.
J'ai accepté la mission. Que pouvais-je bien faire d'autre?
Mais j'ignorais totalement ce que je ferais quand je le trouverais.
Vous avez vérifié le réservoir?
Oui.
On me transportait vers la côte en bateau de la Marina.
Un genre de bateau de plastique qu'on voit souvent sur les rivières.
Selon eux, c'était un bon moyen d'obtenir de l'information
sans attirer l'attention.
Et c'était une bonne chose.
J'avais besoin d'air et de temps.
Le seul problème était que je ne serais pas seul.
Bonjour, capitaine.
L'équipe était composée de jeunes.
Des amateurs de rock and roll qui risquaient leur vie.
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