Esimesed 200 rida.
Vous êtes touché !
Pas par vous, mon bon monsieur.
Je vous ai torpillé il y a une demi-heure.
Vous êtes déjà bouffé par les requins.
Il est regrettable que vous ne vous en aperceviez pas.
Pauvre petit ! Vous n'avez même pas d'aviation de chasse.
Soyez poli, je vous prie !
La force prime la politesse !
C'est une espèce particulièrement nuisible,
qui, malheureusement, pullule de plus en plus.
Je te l'avoue, citoyenne Rose, parce que nous sommes entre nous,
c'est cela qui m'a amené à quitter une société
avec laquelle je n'avais plus rien de commun
et à créer notre petit état,
si parfaitement pur.
Notre chère république
ne comprend encore que quelques milliers de sages citoyens,
sévèrement sélectionnés,
fleurs, insectes, oiseaux,
et un seul homme, moi. Quoi ?
Je t'entends d'ici, camarade papillon.
Mais mon cas est un peu particulier
puisque j'ai réussi à éliminer tout le mal
que contenait le petit animal que je suis.
Vous, vous me considérez comme un phénomène,
parce que je me suis guéri moi-même.
Mais un jour viendra où ce seront peut-être ceux qui font le mal
que l'on prendra pour les anormaux.
Ça donnera beaucoup plus de travail.
Faudra construire des cliniques énormes !
Et peut-on vous demander comment vous avez obtenu un pareil résultat ?
Trois remèdes essentiels.
D'abord, la contemplation.
Regarder les hommes, les regarder vivre.
C'est déjà un fameux contrepoison.
Et puis, la méditation.
Oui. Pas trop, juste de quoi arriver à la nausée.
Le troisième remède est plus délicat.
Il n'est pas à la portée de tout le monde.
La danse.
Tous les matins,
pendant quatre heures,
sur un seul pied,
comme ça.
Quoi ?
Ah, tu exagères !
Je ne vous traduirai pas ce qu'il a dit, j'aurais peur de vous faire de la peine.
Oh !
- Vous vous promenez, Mme de Rémy ? - Oui, je fais prendre l'air au petit.
Le climat lui réussit très bien.
Vous voyez comme il a de belles joues roses à présent ?
Il est magnifique !
Oh ! Qu'ils sont jolis, vos moutons !
Mais où voyez-vous des moutons ?
Ah ! C'est-à-dire, ce sont vos nuages qui moutonnent un peu.
Mais vous ne voyez donc pas que ce sont des sonorités ?
Ah ! Des sonorités !
- Mais oui, elles sont très ressemblantes. - Oui, je peins ce qu'il joue là-bas.
Ah ! Oui, c'est ça. C'est très bien.
Mais les basses, ne manquent-elle pas un peu d'accent ?
Je n'osais pas vous le dire.
Mais ça n'est pas de votre faute.
Je vais lui demander de les accentuer un peu.
C'est ça.
Un peu plus d'accent sur les basses, mon cher, je vous prie.
Et si ça ne vous fait rien, la tête un petit peu plus à droite.
Vous désirez que l'on vous porte votre thé ici ?
Avec deux morceaux de sucre, c'est entendu.
Ah, si j'ai vu Hélène ? Mais bien sûr.
Elle prend son bain de soleil.
C'est son heure.
Mais oui, seule !
Il y a pas de quoi. C'est tout naturel.
C'est drôle comme les pensées d'un être peuvent nous envelopper.
Il est là.
Il nous regarde.
Il nous observe,
jusqu'à l'indiscrétion.
Son regard est comme celui de ces fakirs qui font, en quelques instants,
sécher et s'épanouir une fleur.
Seulement,
le regard d'un homme simplement curieux
n'a jamais pu avoir la moindre influence,
ni sur une fleur,
ni sur une femme.
Car vous êtes simplement curieux, monsieur.
Non, je ne suis pas simplement curieux.
Je ne suis pas non plus fakir.
Je n'ai aucun pouvoir sur les fleurs
et celui que je peux avoir sur les femmes est assez limité.
Mais comment passer chaque jour devant une fleur aussi rare,
poussée là par miracle,
en détournant les yeux ?
D'autant plus, je m'en excuse, que j'adore les fleurs.
Voilà pour l'amateur de fleurs.
Quant à l'homme curieux,
je n'aboie pas la nuit.
Je ne me bats pas en duel avec les rayons de lune.
Je ne suis pas l'impératrice de Chine.
Je suis d'une banalité navrante.
Et si j'ai poussé par hasard dans ce lieu étrange,
c'est que je n'ai pu trouver mieux.
Sur ce, monsieur, je vous dis adieu.
Et moi, je vous dis au revoir et à très bientôt !
Ça m'étonnerait, parce qu'à partir de demain,
la petite fleur va se trouver transplantée dans un coin beaucoup plus discret !
Je serai bien là, vous verrez !
J'ai été encore une fois victime d'un attentat.
Oh, je sais, ça ne se voit pas à cause de ma dignité.
J'ai une pudeur à toute épreuve, une pudeur magnifique
qui a toujours fait l'admiration de mes intimes.
Mais tout de même, docteur,
il serait prudent d'éloigner cet individu.
Chère madame, vous exagérez.
J'exagère ?
Pourquoi croyez-vous qu'il arbore cette tenue invraisemblable,
qui est la honte de votre établissement ?
Pour me tenter.
Madame, vous avez tout à fait raison.
Mais vous savez bien que dans cette maison,
j'ai toujours souhaité que pour le bonheur de tous,
chacun puisse vivre un peu selon ses goûts et ses aspirations.
Mais nous sommes en société, docteur.
Il ne faut pas penser qu'à soi.
Ainsi, moi, si je change de robe sept à onze fois par jour,
ce n'est pas pour mon plaisir, c'est pour votre plaisir à tous.
Je me sacrifie au bonheur des yeux des autres.
Des vôtres aussi, docteur.
Mais oui et je vous en suis très reconnaissant.
Cela n'est tout de même pas sans grandeur, n'est-ce pas ?
Mais je crois bien.
Madame est en pleine crise d'insinuation !
Le mannequin défraîchi essaie de me noircir
aux yeux de notre bon docteur.
Je vous ferai rentrer sous terre, madame.
Il y a peut-être pas de grandeur dans mon accoutrement à moi,
mais il y a de la souffrance humaine
derrière cette paroi périssable.
Le docteur,
qui pénètre mon âme comme mon corps, c'est lui !
Que je suis un grand malade,
j'ai chaud, je brûle.
Seulement, c'est à l'intérieur, c'est pour ça que c'est un peu ridicule.
Si c'était à l'extérieur,
elle pleurerait.
Le monde pleurerait car je brûle.
Et vous savez pourquoi.
Mais c'est un homme des bois, un gorille, un troglodyte !
Un quoi ?
- Un troglodyte ! - Mannequin !
Je vous en prie ! Vous ne pensez pas ce que vous dites.
Allô ?
Ah, c'est vous, Claire !
Bonjour, mon enfant.
Ah !
Merci.
Béatrice !
Béatrice !
Ils montent !
Quelqu'un monte ?
Le docteur nous a laissés au milieu d'une conversation brillante.
Mais qui peut monter de si important pour qu'il se permette...
Vous attendez quelqu'un, chère amie ?
On ne sait jamais.
J'aime beaucoup votre petite robe d'intérieur.
Oui, ils montent.
Ils arrivent !
Dis donc, tu n'es pas venue hier. C'est pas gentil.
Tu dînes ce soir à la maison ?
Veux-tu filer, Albert ? Ils montent !
Oh, nom de Dieu !
Ah, j'oubliais ! Très important !
Idiot.
Ils montent ! Dites-leur qu'ils montent !
M. Béret ! Ils montent !
J'y vais !
Vous m'avez dit :
"Le champ de bataille sur lequel vous mettrez le pied
"sera vide d'habitants.
"Ceux que l'ennemi n'aura pas évacués ou déportés
"auront été chassés par les ravages du combat."
Eh bien, c'est en plein champ de bataille
que dès le 6 juin, premier jour de la grande croisade...
Les gars !
V'là les boches !
... un peu plus tard.
Oui, nous voilà !
Mais à qui qu'elle est, celle-là ?
- Fous-moi la paix ! - Mais enfin, voyons !
- Pourquoi t'y vas ? - Pour t'emmerder !
Eh ! Mme Lorca !
Vous remontez déjà ?
Je sais pas s'ils pourront redescendre pour la soupe ce soir, les boches montent.
Oh, ce serait ben dommage, mes pauvres petits.
Vous allez avoir faim là-haut.
Et je vous l'avais faite bonne, j'avais mis du lard dedans.
Cherchez les armes partout !
C'est un repaire de terroristes !
Dites-leur que s'ils ne disent pas la vérité,
leur village sera rasé !
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