Las primeras 157 líneas.
Ma mère était ce qu’on appelle une vedette d’Awajima.
LES FILLES D’AWAJIMA
On était supposés lire un texte, lors des journées portes ouvertes.
Je n’ai pas manqué de l’évoquer.
Les mères qui avaient fait le déplacement
ont toutes laissé échapper un soupir d’admiration.
L’une d’entre elles était même une fan.
Contrairement à ma mère, je n’avais aucun talent d’acteur.
On a bien essayé de m’apprendre le chant et la danse,
sans succès.
Je ne m’illustrais qu’en danse traditionnelle.
SHINJI HASEGAWA ET UTAKO NATSUKI
J’y pense.
Tu devrais écrire un bouquin.
Un bouquin ?
C’était aux alentours du Nouvel An.
Je devais avoir 19 ans.
Je mangeais mes mandarines
tout en regardant la télé bien au chaud.
Elle m’a pris de court.
C’était ma mère tout craché.
Elle peut se montrer déconcertante,
avec sa tendance à ne rien expliquer.
Chéri, dépose-moi à la gare !
Maintenant ?
Qu’est-ce qui lui prend ?
J’ai toujours eu une imagination débordante.
Je croyais que ma mère n’en savait rien.
Logique, après tout. C’était une femme très occupée,
qui m’avait confié à mes grands-parents.
Quand elle était à la maison, c’était un événement.
Certes, plus jeune, son absence me pesait,
mais je savais qu’avant d’être ma mère,
elle était Utako Natsuki, une actrice.
J’ai noirci des pages et des pages de bien des mensonges.
Le côté espiègle d’Utako Natsuki qu’elle ne révèle que dans l’intimité.
Une femme qui sait entretenir un foyer,
bien qu’elle se soit extraite du carcan de l’épouse docile.
Trop parfaite, et elle agace.
Trop négligée, et elle perd en sympathie.
Bref, c’est un exercice compliqué, mais ô combien gratifiant.
Dès lors, je n’ai plus jamais posé mon stylo.
Ma mère était toujours l’héroïne de mes histoires.
Je me gardais bien de le dire à mes camarades.
C’est à moi qu’on a fini par confier la conception des spectacles de l’école,
et j’écrivais sans plus m’arrêter.
Mon texte, La table de ma famille,
que j’ai présenté à un concours d’écriture,
était un récit touchant,
mais sans excès de sentimentalisme, qui m’a rapporté un beau prix.
CONCOURS D’ÉCRITURE NATIONAL
Mon visage est devenu connu de tous,
et ma parenté avec Utako Natsuki
m’a valu un article dans les journaux.
Tout ça, c’est parce que j’avais mis ma mère au cœur de mes créations.
Je redoutais le sermon qui m’attendait de retour à la maison…
Elle n’en a rien fait.
Elle ne m’a pas non plus félicité.
PALMIER – SHINJI HASEGAWA
À l’université,
j’ai réuni en recueil mes premiers jets de pièces de théâtre.
À l’époque, je ne m’imaginais pas devenir scénariste un jour.
Non, je ne faisais que poursuivre l’image de ma mère.
J’y trouvais mon compte en lui donnant une matérialité.
Alors oui, quand elle m’a dit ça, l’air de rien…
J’y pense. Tu devrais écrire un bouquin.
C’était sa façon à elle de m’encourager.
C’est beau.
Dans le fond,
la seule chose à laquelle j’aspirais, c’était lui ressembler.
J’empruntais son image pour mieux parler de moi.
L’élégante Utako,
l’envoûtante Utako, l’espiègle Utako…
Voilà ce que je souhaitais émuler.
C’est moi.
Salut, papa.
Tiens, tu sors ?
Elle a un rencard.
Sérieux, quoi, mamie ! Tiens ta langue, un peu.
À ce soir !
Alors comme ça, t’étais d’interview ?
Oui. On a beaucoup parlé de toi.
Tu as encore dû raconter des âneries.
Du tout. Cette fois, j’ai été transparent du début à la fin.
Mon père nous a quittés quand j’ai eu 50 ans.
Ma mère qui avait vécu si longtemps avec lui
a demandé à s’installer chez moi.
Je me suis rendu compte que je ne connaissais rien d’elle.
Je n’avais pas la moindre idée
d’à quel point elle avait aimé mon père,
ni d’à quel point sa perte l’avait ébranlée.
Qu’est-ce qui vous ferait envie, ce midi ?
Eh bien, qu’y avait-il au menu, hier, déjà ?
Vous avez toujours le mot pour rire !
Une mère et sa fille qui discute d’un ton léger,
une vieille dame qui arrose son jardin…
Que de scènes attendrissantes.
Parfois, une étrange pensée me vient.
Et si la femme qui se tenait devant moi était Utako Natsuki
qui jouait le rôle de mère
tel que je l’avais imaginé pour elle ?
Je crois que je n’aurai de cesse de chasser son image.
RÉSULTATS
J’y… j’y suis.
J’y croyais pas.
C’était irréel.
Impossible de trouver…
Yukari ! J’ai réussi !
LA FILLE DE FUMIKO SHIRO
… mon numéro.
Yukari ?
J’y suis pas.
Mon numéro est affiché nulle part.
Non, nulle part…
J’étais perdue.
Je savais pas si j’allais m’en remettre.
YUKARI TAKIMOTO – SAORI MORIKUBO
On était toutes les deux
les meilleures de la prépa qu’on fréquentait.
Je me fais pas de souci pour vous,
même si on est jamais sûr de rien.
Tâchez de ne pas trop vous mettre la pression non plus.
Mme Shiro doit sans doute partager mon avis.
On espère.
On ne lâchera rien.
Moi aussi, j’étais du même avis.
Après tout, j’étais la fille de Fumiko Shiro
et la meilleure élève de son école.
C’est peut-être ce qui a causé ma perte.
Je donnais du « professeur » à ma mère même à la maison.
Mes enseignants, eux, veillaient à faire la part des choses.
En apparence.
Enfin, pas que ce soit important, désormais.
J’ai échoué.
Je n’ai pas été à la hauteur pour Awajima.
Je suis désolée, vraiment.
Pour ?
L’ambiance est pesante, à cause de moi.
Non, enfin… oui, c’est vrai.
Je suis contente pour toi, tu sais.
C’est sincère, je t’assure.
Yukari…
C’est vrai, ce mensonge ?
Tu le penses ?
J’ai du mal à m’en persuader, mais bon, il faut bien faire illusion.
C’est pas comme si je pouvais dire autre chose.
Toutes mes excuses.
Je n’aurais pas dû m’avancer de la sorte et lui donner de faux espoirs.
C’était une erreur.
Manquait plus que ça…
Pas besoin qu’on remue le couteau dans la plaie.
Allons, tu n’y es pour rien si elle n’a pas réussi.
Elle est la seule fautive.
Alors ? Je t’écris une lettre de recommandation ?
Le piston existe, dans une certaine mesure.
Le réseau aussi.
Mais elles ne sont pas des garanties non plus.
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