De første 200 linjer.
Le Cambodge.
Pour beaucoup d'Occidentaux, un paradis.
Un monde inconnu et secret.
Mais la guerre du Vietnam a brisé ses frontières,
les combats ont gagné le Cambodge neutre.
En 1973, j'ai couvert ce conflit marginal
pour le New York Times.
Dans ce paysage déchiré par la guerre entre troupes gouvernementales
et Khmers rouges, j'ai connu mon guide
et interprète, Dith Pran…
Il allait changer ma vie,
dans ce pays que j'aime et que je plains.
LA DÉCHIRURE
Les nouvelles de la Voix de l'Amérique
pour l'Asie du Sud-Est.
Il est 6 h 45,
le temps est légèrement couvert.
À Washington aussi, il y a des nuages.
Le Président Nixon va s'adresser au pays
à propos de l'affaire du Watergate.
Son premier commentaire depuis mai
sur le scandale qui a provoqué des démissions
et paralysé la Maison-Blanche.
L'affaire a mené à des affrontements violents
et peut-être
à une crise constitutionnelle avec la commission d'enquête.
Le discours a été annoncé après un sondage donnant
à Mr Nixon le plus faible indice de popularité
obtenu par un président depuis 20 ans.
Un juge de la Cour Suprême
a rejeté un appel du gouvernement pour suspendre
l'arrêt interdisant les bombardements au Cambodge.
Le Congrès les avait déjà déclarés illégaux
et ils devraient cesser d'ici le 15 août.
À l'hôpital !
Monsieur, un taxi ?
Ferme les volets !
C'est quoi, ce merdier ?
Pardon.
Je t'ai pris pour le garçon, je développe des films.
Plus tard, les engueulades. Je ne me sens pas bien.
De la joie, voilà ce que je veux.
L'avion a du retard, pas de voiture,
je prends un taxi pour venir bosser et tu es là.
C'est quoi, ça ?
Une serviette hygiénique trempée dans l'eau glacée.
Syd Schanberg. Pran est là ?
Non, je viens de l'aéroport.
Dites-lui que je suis arrivé.
Je serai au Café Central.
Que prends-tu ?
Des œufs ?
Pas d'œufs. Ils tournent de l'œil en les préparant.
Alors, quoi ?
Et toi ?
Un café complet.
La même chose. Et de l'aspirine.
Je ne veux manger que des trucs vraiment morts.
Jamais d'huîtres pour moi.
J'ai lu
qu'on ne met…
le jus de citron que pour les sonner.
Une huître inconsciente, c'est aussi horrible qu'éveillée…
Tu as vu ?
C'était une roquette ?
J'ai vu un type sur une mobylette.
Où étais-tu ?
Tu n'as pas eu mon message ?
Non, j'ai pris un taxi.
Un grave accident !
Les Américains ont lâché des bombes sur Neak Luong.
Des bombes U.S. ?
Beaucoup de morts, je crois.
On l'a annoncé ?
Pas du tout.
On y va !
Pas en voiture. C'est trop dangereux !
Où allez-vous, Schanberg ?
Neak Luong.
Neak Luong est fermé.
Pas de baratin, Reeves.
Vous n'avez rien à dire.
Je vais où je veux dans ce pays.
C'est la loi.
Ou vous violez l'amendement Cooper-Church.
Vous savez où je me le mets !
Allons-y.
Que puis-je pour vous ?
Vous savez peut-être pourquoi mon avion a été retardé ce matin.
Retardé ?
Peut-être le mauvais temps.
Les vols commerciaux ne sont pas de ma compétence.
Alors, pourriez-vous commenter ce que j'entends dire ?
Ce matin,
sans que personne ne soit responsable,
j'ai passé deux heures à Bangkok à attendre le décollage.
Pendant ce temps, me dit-on,
deux hélicoptères militaires se posaient ici même.
La moitié des ambulances de Phnom Penh les attendait.
Et, d'après mes sources, l'aviation U.S.
a lâché une ou plusieurs bombes
sur Neak Luong.
Vous ne voulez pas que je commente une rumeur.
Je veux juste savoir
si cela explique le retard de mon avion.
Pas de commentaire.
Combien de tués ?
Combien de blessés ?
Merci pour votre aide, commandant Reeves.
Dans mon papier,
je ne manquerai pas de vous citer.
Désolé, Sydney.
Pran, je ne veux pas entendre "non".
C'est une histoire énorme, tu comprends ?
Il faut qu'on aille sur place.
Il n'y a pas de non.
Je veux savoir comment on y va. On devrait déjà y être.
J'attends ici.
Des messages ?
La journée a été dure et je dois y retourner.
On se reverra.
Bonjour, Sydney. Au revoir, Sydney.
Je ne peux pas te parler.
Mais si.
L'ambassade est sur les nerfs. Vois le bureau de presse.
Ne commence pas à m'insulter.
Bon, au revoir.
Faute de pilotage, tu connais ? Erreur de l'ordinateur ?
Mauvaises coordonnées.
Un B-52 a lâché toutes ses bombes sur Neak Luong.
Il y a un radiophare en pleine ville.
- Les victimes ? - Tu le sauras demain.
D'après nos estimations… 55 militaires et 35 civils.
Combien, Bob ?
Des centaines.
Et ne me cite pas.
Il y aura un horrible bain de sang
Quand les Khmers rouges arriveront
Bombardez-les, enterrez-les
La première bière en quatre semaines !
C'est grâce au New York Times.
Elle vient de leur suite.
On a une cave ici !
C'est le foutu sérieux des Américains.
Ne l'accable pas. Il essaie d'arriver en tête, lui aussi.
On devra payer davantage pour passer nos télex
en premier.
Il t'offre une bière. Bois.
À la tienne, Syd.
Tu vas au télex ?
Le Times boucle tôt.
Les Khmers rouges, dans le soleil
Jetteront les Yankees à la mer
Ça marche ?
C'est arrangé.
Allons-y !
Bon travail !
- Combien ? - Cent cinquante.
Que dit-il ?
Il veut que tu photographies sa famille, que tu l'aides,
son enfant a été blessé.
Traduis-moi.
Elle a besoin d'aide.
Sa boutique a été détruite hier soir,
son mari tué.
Combien de bombes ?
Elle ne sait pas.
Où est l'hôpital ?
Par là.
Elle demande si on a arrêté le pilote.
Monsieur, vous achetez ?
Je n'ai plus de pellicule.
Demande combien d'enfants elle a.
Cinq.
Son mari a déjà été tué.
Qu'est-ce que c'est ?
Qui sont ces types ?
Dans la jeep, des Khmers rouges prisonniers !
Ils ont tué des villageois.
Ils ont imbibé des chiffons d'essence,
leur ont enfoncé dans la gorge
et ont mis le feu.
- Pas de pellicule ! - Je sais bien.
Pas de photo !
Ça va.
Syd ! Monte !
Je suis inquiet, Syd.
C'est moi qui t'ai amené ici.
On m'accuse
et on m'arrête.
On t'arrête ? Tu es déjà arrêté !
Ils se sont renseignés sur moi.
Je veux des cigarettes.
Et j'ai besoin de pisser.
Dis-leur que je veux pisser.
Il dit, "pas pisser".
Comment ça ?
On ne pisse pas, Sydney.
Assez déconné.
J'ai mon papier.
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