Julius Caesar

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De første 200 linjer.

JULES CÉSAR

"CÉSAR, DE RETOUR À ROME APRES AVOIR VAINCU POMPÉE

DURANT LA GUERRE CIVILE

FUT ÉLU CONSUL UNE 4e FOIS, PUIS DICTATEUR À VIE...

IL DEVINT AINSI ODIEUX AUX ESPRITS MODÉRÉS

À CAUSE DU GRAND NOMBRE DE TITRES ET DE POUVOIRS

QU'IL AVAIT ACCUMULÉS."

PLUTARQUE, VIES

ROME - 44 av. J.-C

À la maison, oisives créatures !

Est-ce jour chômé ? Que fais-tu ?

Je suis charpentier.

Et ton tablier de cuir, ta règle ? Pourquoi es-tu sur ton 31 ?

Votre métier ?

Vraiment, à côté de ce bon ouvrier, je ne suis qu'un raccommodeur.

Dis-moi sans détour quel métier tu fais.

Un métier dont je n'ai pas à rougir, j'espère !

À vrai dire, je répare les semelles usées.

Pourquoi n'es-tu pas dans ton échoppe aujourd'hui ?

Pourquoi diriges-tu ce cortège ?

Pour user leurs chaussures et avoir plus de travail !

À la vérité, nous chômons pour fêter César

- et son triomphe. - Pourquoi donc le fêter ?

Quelle conquête nous ramène-t-il ?

Quel tribut le suit à Rome,

les porteurs captifs embellissant son char ?

Espèces de blocs, espèces de pierres,

pires que d'insensibles objets !

Ô coeurs impitoyables, cruels Romains,

et Pompée, alors ?

Maintes fois, vous êtes grimpés sur les murs et les remparts,

sur les tours et les fenêtres, et même les cheminées,

vos petits dans les bras

vous avez passé là la journée à attendre patiemment

pour voir le grand Pompée passer dans Rome...

Et dès l'apparition de son char,

n'avez-vous pas tous crié si fort

que le Tibre en a tremblé sous les berges

en entendant l'écho de vos clameurs émanant de ses rives concaves ?

Et vous vous faites beaux à présent ?

Et vous vous donnez congé ?

Et vous répandez sur son passage des fleurs

alors qu'il triomphe dans le sang de Pompée ?

Filez ! Courez chez vous,

tombez à genoux,

priez les dieux d'écarter la peste

qui s'en va devoir fondre sur pareille ingratitude !

Tu vois, trop frustes pour réagir,

ils fuient dans un silence coupable !

Va de ce côté, vers le Capitole.

J'irai par ici. Dépouille les images, si tu les trouves parées.

Est-ce permis ? En la fête de Pan ?

Peu importe ! Pas d'images avec les trophées de César !

Si l'on arrache ces plumes aux ailes de César,

il volera moins haut.

Sinon, il s'élèverait à perte de vue,

nous plongeant tous dans une crainte servile.

- Calpurnia ! - Silence ! César va parler !

Calpurnia !

Me voici...

Tiens-toi bien sur le passage d'Antoine quand il courra.

- Antoine ! - César ? Seigneur ?

N'oublie pas, en courant, de toucher Calpurnia.

D'après nos anciens, femme touchée dans la course

perdra sa stérilité.

Quand César dit "Fais-le !", on le fait.

Va ! Et ne néglige aucun rite !

César !

- Qui m'appelle ? - Cessez tout bruit !

- Silence ! - Qui m'appelle dans cette foule ?

Une voix plus aiguë que la musique a crié "César !"

Parle ! César t'écoute.

Méfie-toi des Ides de Mars !

Qui est-ce ?

Un devin te dit de te méfier des Ides de Mars.

Qu'on me l'amène. Je veux voir son visage.

Sors de la foule, l'ami !

Regarde César !

Qu'as-tu à me dire, à présent ? Répète.

Méfie-toi des Ides de Mars.

C'est un rêveur. Laissons-le.

Allons !

Vas-tu regarder la course ?

- Pas moi. - Vas-y donc !

Aucune envie. Je n'ai pas l'esprit vif et enjoué d'Antoine.

Que je ne t'en prive pas, Cassius. Je te laisse.

Brutus, depuis peu je t'observe.

Je ne vois plus dans tes yeux douceur ni affection.

Tu traites durement et bizarrement ton ami qui t'aime.

Ne t'y trompe pas. J'ai l'air sombre,

mais je ne m'en prends qu'à moi-même.

Des sentiments nouveaux me contrarient.

Des idées à moi

influent sans doute sur ma conduite.

Que mes amis n'en souffrent pas !

Compte-toi parmi eux, Cassius !

Ne voyez en ma négligence que le déchirement du pauvre Brutus

qui en oublie de montrer son amour.

Dis-moi, peux-tu voir ton visage ?

L'oeil ne se voit pas lui-même sauf s'il se reflète

sur un objet.

C'est juste. Et l'on déplore, Brutus, qu'aucun miroir ne reflète

à tes yeux ta valeur cachée

et te dévoile ton ombre.

J'ai entendu des Romains respectés,

pas l'immortel César,

parler de Brutus et gémissant sous le joug de l'époque,

souhaitant à Brutus des yeux pour voir.

Quel danger me prépares-tu

pour m'inciter à chercher en moi ce que je ne suis pas ?

Tu vas entendre mes raisons, Brutus.

Sachant que tu ne peux mieux te voir que réfléchi,

moi, ton miroir, je te révélerai discrètement

ce que de toi tu ne sais pas encore.

Et ne sois pas jaloux, Brutus.

Si j'étais la risée de tous, que je dissipais en vains serments

mon ardeur à chaque occasion,

ou si je me confiais au vulgaire en festoyant,

là, tu serais en danger.

Pourquoi ces cris ?

Rome a fait roi César, je le crains.

Tu le crains ?

Y serais-tu opposé ?

Je le suis, Cassius. Pourtant, je l'aime bien.

Mais que veux-tu me dire ?

S'il s'agit du bien public,

perdre l'honneur ou la vie

ne compte plus pour moi.

J'en implore les dieux, car je préfère l'honneur

à la vie.

Tu as en toi cette force, je le sais et sais à quoi tu tends.

Eh bien, il s'agit de l'honneur...

J'ignore ce que tu penses de la vie,

mais à mon sens, mieux vaudrait ne pas vivre

que de vivre dans la crainte d'autrui.

Je suis né libre, comme César et toi.

Aussi bien nourris,

nous supportons aussi bien l'hiver.

Par un jour gris, froid et venteux

où le Tibre agité s'en prenait à ses rives,

César me dit : "Oserais-tu sauter avec moi

"dans ces flots furieux et aller là-bas à la nage ?"

J'ai plongé comme j'étais, lui criant de me suivre,

ce qu'il a fait.

De tous nos muscles, nous cognions sur le torrent,

le repoussant, le défiant d'un coeur rebelle.

Mais avant d'avoir pu atteindre notre but,

César a crié : "Au secours, Cassius ! Je vais couler !"

Et voici que cet homme est devenu un dieu

et Cassius, une misérable créature

qui doit s'incliner au moindre signe de César.

César ! César !

Il a eu la fièvre en Espagne,

et j'ai vu comme il tremblait !

Oui, ce dieu a tremblé. Ses lèvres fuyaient leurs couleurs,

et cet oeil que l'univers redoute a perdu son éclat.

Je l'entendis gémir.

Cette voix qui a enjoint à Rome

de préserver ses discours.

"Hélas, criait-elle, à boire, Titinius !" Comme une malade !

Dieux ! Je n'en reviens pas qu'un homme si vulnérable

se soit ainsi détaché dans la course au pouvoir

et l'emporte seul.

César ! César !

On l'acclame encore !

Les jambes écartées, il domine ce monde étriqué tel un colosse.

Et nous, hommes de peu, nous passons sous ses énormes jambes,

l'oeil furtif, en quête d'un tombeau sans honneur.

Il y a un temps où l'on peut maîtriser son destin.

Ne reprochons pas aux astres, cher Brutus,

mais à nous-mêmes, notre servitude.

Brutus et César.

Qu'a-t-il, ce César ?

Pourquoi ce nom plus que le tien ?

Écrit, le tien est aussi beau.

Il sonne aussi bien.

Il pèse aussi lourd.

Brutus évoquera un esprit aussi vite que César.

Au nom de tous les dieux à la fois,

qu'a-t-il donc pu manger, notre César,

pour grandir ainsi ?

Honte à notre époque !

Rome, tu as perdu le secret des grandes âmes.

Quand, depuis le Déluge,

a-t-on vu ta gloire liée à un seul homme ?

Disait-on jamais de Rome, avant,

qu'en ses vastes murs il n'y avait qu'un homme ?

Nous l'avons ouï dire à nos pères il y eut jadis un Brutus

qui dut laisser le diable

mener grande vie à Rome tout autant qu'un roi.

J'ai confiance en ton amitié.

Je soupçonne ce que tu attends de moi.

Je dirai ce que j'en pense

plus tard.

À présent,

j'aimerais en toute amitié que nous en restions là.

J'étudierai tes propos.

Je t'écouterai encore. Nous prendrons le temps de poser

et résoudre ce délicat problème.

D'ici là, noble ami, dis-toi bien

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