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L'homme regarda le condamné et demanda à l'officier :
Connaît-il sa sentence ?
Non, dit l'officier, il l'apprendra dans sa chair.
Franz Kafka, À la colonie pénitentiaire.
L'Uruguay se retrouve sous dictature militaire
après plusieurs décennies de démocratie.
Le mouvement révolutionnaire Tupamaros a été vaincu.
Ses membres survivants sont incarcérés.
Le 7 septembre,
neuf détenus des Tupamaros sont secrètement emmenés hors de prison
et pris en otages par le gouvernement militaire.
Ceci est l'histoire de trois d'entre eux.
COMPAÑEROS
Allez-y !
Dépêchez-vous !
On se grouille !
Magne-toi, enflure !
- J'ai envie de chier. - Tais-toi, enflure !
Pepe ?
Ñato ?
Silence ! Interdiction de parler.
Ruso, c'est toi ?
Ta gueule, enflure !
Je vais devoir chier ici.
Désolé, camarade.
Silence !
Allez, montez !
Il pue la merde !
On y va !
Allez, allez !
Grouillez-vous !
Avance !
Mon lieutenant, voici les prisonniers :
José Mujica, Eleuterio Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof.
Emmenez-les.
Avancez !
Entre !
Tiens-le !
Encore, vas-y !
Étouffe-le !
Étouffe-le, vas-y !
On va te cramer. Bouge pas !
On va t'étouffer et on va te cramer !
T'es foutu !
Fils de putes !
Bouge pas !
Debout !
Contre le mur !
Debout et bien droit !
Debout, sans toucher le mur !
Bouge pas !
Reste tranquille.
T'as peur ? Bouge pas, me regarde pas !
Reste debout !
ABANDONNEZ TOUTE ESPÉRANCE VOUS QUI ENTREZ
Tiens, enflure !
VOUS NE POUVEZ PLUS PARLER À PERSONNE
LES SOLDATS ONT INTERDICTION DE VOUS ADRESSER LA PAROLE
... INTERDICTION DE VOUS ADRESSER LA PAROLE
Un, deux, trois, quatre !
Bien droit, bien droit !
Il se prend pour qui ? Un gymnaste ?
On va lui casser les reins.
L'enflure est un gymnaste.
Tu restes debout et tu bouges pas, tu piges ?
12 mois plus tard
Escadron, garde-à-vous !
Ces types ne doivent parler à personne
et personne ne doit leur parler.
Ce sont des subversifs, des traîtres à la patrie.
Ils sont très dangereux et ont un grand pouvoir de persuasion.
Passez le minimum de temps avec eux.
Nous sommes l'armée nationale.
On a mis des années à gagner cette guerre.
Souvenons-nous
que l'humanité a toujours été sauvée in extremis
par un peloton d'exécution.
Mon cher Ruso !
Je viens te voir parce que ta famille nous emmerde.
Je t'autorise à la voir, mais complique pas les choses,
sinon ce sera compliqué pour tout le monde.
Et tu aimes beaucoup ta famille.
Tu sais ce que c'est, ça ?
Une décision du Commandement général de l'armée.
Au moindre attentat dehors, on te liquidera.
Tu sais bien que c'est facile.
Vous n'êtes plus des prisonniers,
vous êtes des otages.
On aurait dû vous tuer, à l'époque.
Maintenant, on va vous rendre fous.
Vous avez perdu la guerre, Pepe.
Vous êtes condamnés.
Et vous vouliez changer le monde ?
Regardez la dégaine que vous avez.
Moi, je me tuerais.
Pourquoi vous vous tuez pas ?
Bouge pas !
Bouge pas, j'ai dit !
Franchement, je trouve ça atroce.
Ce serait plus humain de les fusiller.
Rosencof, préparez-vous !
Papa.
Bonjour !
Comment tu vas, ma chérie ?
Quels beaux yeux tu as.
Et l'école ?
Ça se passe bien ?
- On t'a apporté à manger. - Merci, maman.
Des cahiers et des livres aussi.
- Ça va, ma puce ? - Oui.
Comme tu as grandi !
Quelle belle surprise.
Tu fais quoi de tes journées ?
On se promène.
Tu as des récréations ?
Oui, bien sûr.
On a apporté les nouvelles lunettes d'Alejandrita, tu vas voir.
Mets-les.
Attends, dis-lui de fermer les yeux.
Ferme les yeux.
D'accord.
Je les ferme.
Je peux les ouvrir ?
Elles te vont très bien.
Papa, ces lunettes me font pleurer.
Ne les mets pas si elles te font pleurer.
Comment ça se fait ?
Elles la font pleurer.
Pourquoi tu pleures ?
Isaac !
Papa, ça va ?
Qu'est-ce que tu as ?
- C'est qui, lui ? - Mauricio.
- Je veux voir mon fils. - Isaac, voyons.
Papa, c'est moi.
- Où est mon fils ? - Calme-toi.
Assieds-toi.
Où est mon fils ?
C'est moi.
- Je suis venu voir mon fils. - C'est moi.
Arrête, s'il te plaît. Assieds-toi.
Isaac !
Papa, ça va ?
Papa !
Bouge pas !
Lâchez-moi !
C'est moi, papa !
C'est moi, papa !
Avance !
Attention !
Tais-toi, enflure !
Sortez de là, dégagez !
Joyeux Noël !
"C, H"
"A, B, C..."
Joyeux Noël, Ruso.
Joyeux Noël à toi aussi, Ñato.
On est à Solís ?
Je sais pas
Au 5e de cavalerie
Comment tu le sais ?
À cause des bottes
Où est Pepe ?
Je sais pas
Échec et mat
Comment ça ?
Avec reine en D4
Tu déconnes ?
RD4, j'ai gagné
Discuter avec toi
c'est comme parler à un mur
Dépêche-toi de chier !
C'est pas possible.
Je peux pas me baisser.
Et alors ?
Tu peux desserrer un peu ?
J'ai pas l'autorisation.
Si je chie debout, j'en mets partout.
On a un problème.
Il ne peut pas s'asseoir pour déféquer.
Fais voir.
Je peux pas me baisser.
Tiens, Gutiérrez.
Mon sergent.
Le détenu est attaché...
- Mon sergent. - Je vous écoute.
Sergent !
- Mon lieutenant ? - Que se passe-t-il ?
Une situation compliquée.
Mon lieutenant, voici le problème.
C'est que ça ? Vous pouvez pas le régler ?
Mon capitaine, un problème aux toilettes.
Elles sont bouchées ?
Une envie de chier pressante ?
Mon commandant...
Garde-à-vous !
Vous êtes tous tarés ?
Quelqu'un peut venir ?
Garde !
Téléviseurs 1200
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