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Le voyage à Niklashausen
Qui a besoin de la révolution ?
Le peuple.
Et...
qui fait la révolution ?
Le peuple.
Et... qui la prépare ?
Le Parti.
Et quand il n'y a pas de parti, mais juste une cellule de trois ou quatre personnes ?
Trois ou quatre personnes peuvent en former l'avant-garde.
Trois ou quatre personnes ont-elles le droit de faire la révolution ?
Elles doivent tenter d'en constituer le socle.
Ah oui.
Et...
comment font ces gens ?
À travers l'agitation,
la formation,
et en donnant l'exemple par leur lutte.
Si l'agitation ne marche pas, peuvent-ils recourir à d'autres moyens ?
Oui. Ceux de l'instruction...
et du combat.
Ont-ils le droit de mettre en scène une révolution ?
C'est impossible.
Peuvent-ils utiliser des effets théâtraux s'ils permettent de renforcer
l'efficacité de leur agitation ?
Oui. Bien sûr.
- Qui a besoin de la révolution ? - Le peuple.
Vous êtes le sel de la terre !
Mais lorsque le sel s'évente,
avec quoi sale-t-on alors ?
Le glaive de Dieu au-dessus de la terre,
cruel et sans scrupules.
Nul ne doit échapper
à Celui qui, pacifiquement, laisse libre cours à toute violence.
Nul ne doit pouvoir se soustraire à la sanglante vengeance.
Nul ne doit oublier que seul Lui
et sa céleste mère ont le pouvoir de nous détruire.
Personne ne doit pouvoir dire qu'il ne savait rien.
N'avez-vous pas reconnu le signe ? Etes-vous aussi abrutis que le bétail,
vous qui ne voyez pas où nous mène l'indifférence ?
Faites pénitence ! Oubliez qui vous êtes !
Rendez hommage à notre Dame bien aimée,
à l'étoile du berger, au lys blanc,
au soleil de minuit !
"Etoile de la mer, je te salue
"Oh Marie, aide-nous
"Douce mère de Dieu
"Oh Marie, aide-nous
"Marie, aide-nous tous
"Délivre-nous de nos misères
"Rose sans épines
"Oh Marie, aide-nous
"Toi qui fus élue par Dieu
"Oh Marie, aide-nous
"Marie, aide-nous tous
"Délivre-nous de nos misères
"Consolatrice des pauvres
"Oh Marie, aide-nous
"Aie pitié de nous
"Oh Marie, aide-nous
"Marie, aide-nous tous
"Délivre-nous de nos misères"
L'heure de la vengeance a sonné.
La Vierge m'a donné un signe.
Elle me parle quand je l'implore.
Elle est pleine de dégoût devant la fange
dans laquelle sombrent moult chefs de l'Eglise et petits curetons.
Eux qui devraient montrer l'exemple ne sont qu'une sale engeance.
Les bavoirs troublent leur esprit et stimulent leurs basses pulsions.
Ils lèvent la dîme plus brutalement que les valets des princes.
Ils sont totalement dépourvus de pitié et d'humilité.
Ils ne méritent pas qu'on leur témoigne soutien, respect
et reconnaissance. On devrait les rouer de coups.
Vous devriez les rouer de coups, frapper là où vous pourrez.
Afin que la vapeur fétide jaillisse de leur cerveau.
Qui agit ainsi fait le bien.
Voilà ce qu'a dit la Vierge. Faites demi-tour !
Faites pénitence ! Oubliez qui vous êtes !
Rendez hommage à la Vierge ! Incitez le peuple
à se rendre en pèlerinage à Niklashausen !
Le glaive de Dieu au-dessus de la terre,
Cruel et sans scrupules !
"Rose sans épines,
"Oh Marie, aide-nous !"
À quoi ressemble-t-elle, la mère de Dieu ?
- Lève-toi. - Laisse-moi m'agenouiller devant toi.
Elle a les yeux bleus, des boucles d'ange,
le teint très clair. Elle est belle.
- Et sa voix ? - Sa voix est douce.
- Je dois m'en aller, Madame. - T'en aller où ?
Retrouver mes moutons, comme d'habitude.
Mais tu ne peux pas retourner auprès de tes moutons !
Qui s'occuperait d'eux ?
Tu es un homme avec lequel parle la mère de Dieu.
Tu ne peux plus t'occuper de moutons désormais.
Je ne lui ai jamais paru trop insignifiant. La Sainte continuera à me fréquenter.
Je t'offre ma maison. Tu ne dois manquer de rien.
Vous devez lui dire qu'il ne peut plus retourner auprès de ses moutons.
Je vais Lui demander s'il est juste que j'aille dans la maison d'un riche.
Elle saura me donner une réponse juste.
Je t'attendrai.
- Comment était-il ? - Super sexy.
- Comme son physique ? - Vachement beau, oui.
Et bon aussi.
Je le trouve vraiment super.
- Il a quelque chose de... - Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Quelque chose de sympathique ? - Non...
pas sympathique.
Il y a quelque chose qui se dégage de lui, tu vois.
- "O Etoile de la mer, princesse de l'amour" - Un truc spécial.
Tu vois, j'imagine que quand les gens
le regardent, ils se mettent forcément à l'écouter.
Tu comprends ? Parce que...
On reste là à l'écouter, je ne sais pas non plus pourquoi.
Y en a qui l'ont, ce truc, et d'autres non.
Tu crois qu'on devrait s'installer chez elle, là, dans sa maison ?
T'as envie de bien manger ?
Ben oui.
Quand on a la possibilité de bien manger,
on doit bien manger.
Et quand on peut être bien logé, on doit être bien logé.
Et quand on peut prendre des vacances, on doit prendre des vacances.
Et quand on souhaite avoir quelque chose, on doit l'avoir.
C'est pas bien d'être privé de quoi que ce soit, c'est merdique.
Seul celui qui vit dans l'aisance vit bien.
Elle lui est apparue,
la mère de Dieu,
espèce d'imbécile,
de vieil
homme malade !
Il est si jeune et beau !
Je l'ai invité à habiter ici.
Toute la maison est vide.
Tu ne peux pas t'y opposer.
Allez, tiens-toi tranquille
et mange !
Sois sage !
Si tu meurs de faim,
tu n'auras plus de place dans ma vie.
Le voilà !
Chez moi.
Chez moi !
Il vient chez moi,
qui suis si...
peu digne,
tel qu'on l'a rarement été.
Mais il vient !
La mère de Dieu a autorisé que je fasse mienne ta maison.
Elle a exigé que mes amis m'accompagnent.
Je vais vous montrer les chambres.
Viens !
Là, ce sera ta chambre.
Tu pourras prier.
La mère de Dieu viendra-t-elle te rendre visite ?
Elle ne vient que dans la nature, n'aime pas les pièces closes.
Prie avec moi.
Je n'aime pas ces pièces. C'est sombre.
Il n'y a pas de lumière.
- Ça me rend malade. - Tais-toi.
Voilà mon mari.
Il est bête, vieux, malade et ne sait pas parler.
Il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d'une aiguille
que pour un riche d'entrer au royaume des cieux.
Quel spectacle !
Qui est cet homme ?
Un paysan, Monseigneur. Il pue !
Il... pue ?
Il faut que je sente ça par moi-même. Viens !
C'est vrai, tu as raison. Il pue.
- Sais-tu parler ? - Je...
C'est merveilleux !
Ces hommes sont magnifiquement bêtes.
Pourquoi t'es-tu présenté ici ?
As-tu quelque chose à dire ? Parle !
Je suis venu de Niklashausen car l'évêque est mon maître et je l'aime.
Ce matin, à la fête du printemps de Niklashausen,
un berger l'a menacé de mort, lui et tous les autres.
De mort ? L'évêque ?
Quoi ?
Mais pourquoi moi ?
Car la Sainte Vierge lui est apparue. Il doit répandre Sa parole.
Où tout cela va-t-il nous mener ?
Il existe, sans aucun doute, des situations
dont l'injustice est criante.
Quand des peuples entiers sont privés du strict nécessaire
et vivent dans une dépendance
qui leur interdit toute initiative et toute responsabilité,
de même que toute ascension culturelle
et leur ôte le droit de participer à la vie sociale
et politique,
dans ce cas-là, la tentation est grande,
face à une telle injustice
commise contre la dignité humaine,
de recourir à la violence.
Cependant, chaque soulèvement révolutionnaire
génère de nouvelles injustices,
entraîne de nouvelles perturbations
de l'équilibre,
provoque de nouveaux bouleversements.
On n'a pas le droit de chasser un mal
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